Friedrich Merz à Bruxelles : un chancelier hyperactif à l’influence relative
Près d’un an après son élection, le chancelier allemand a imposé sa voix à Bruxelles, en particulier sur le sujet de la compétitivité de l’UE. Mais son influence se heurte encore à des obstacles inhérents aux institutions européennes, tout en restant suspendue à la vie politique allemande.
« Nous sommes le centre de l’Europe. Si l’Europe se déchire, l’Allemagne se déchire. » En ouverture de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février, le chancelier Friedrich Merz a replacé l’UE au cœur de son programme politique.
Dans un ordre mondial désormais dominé par les grandes puissances, « cette Europe est aujourd’hui plus précieuse que jamais », a-t-il souligné devant un parterre de dirigeants européens et internationaux. Et d’insister sur les deux piliers de sa vision pour l’Union : la relance de la compétitivité et l’affirmation d’une défense européenne.
Le discours de Munich vient clôturer une semaine d’hyperactivité sur la scène européenne pour le chancelier conservateur (CDU), à la tête d’une coalition avec les sociaux-démocrates (SPD) et les conservateurs bavarois (CSU). Friedrich Merz s’est d’abord rendu au chevet de l’industrie européenne lors du sommet d’Anvers organisé par le Cefic, le lobby de l’industrie chimique, le 11 février. L’occasion pour le chancelier de professer sa foi en la « dérégulation » de tous les secteurs économiques. Un message répété le lendemain, lors de la retraite informelle des dirigeants européens sur la compétitivité ; une rencontre qu’il avait lui-même appelée de ses vœux.
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Texte citation
Pour Paul Maurice, secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Institut français des relations internationales (Ifri), cet engagement européen du nouveau chancelier allemand est né d’une « vraie conviction » : « L’Allemagne a besoin de l’Europe pour son économie mais aussi pour son rayonnement dans le monde. » D’après le chercheur, c’est aussi une manière de « redonner aux Allemands un peu de fierté », alors que Berlin peinait à peser à Bruxelles sous le mandat d’Olaf Scholz. Le tout dans un contexte d’affaiblissement du modèle économique allemand.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
« German vote »
Pour peser à Bruxelles, Friedrich Merz peut également s’appuyer sur son conseiller aux affaires européennes, l’ancien ambassadeur allemand auprès de l’UE Michael Clauss. Après six ans passés à la représentation permanente allemande, le diplomate a été rappelé à Berlin. « Il connaît tout et tout le monde à Bruxelles »,témoigne une source européenne.
- Pour Paul Maurice, de l’Ifri, ce rapatriement est révélateur : « Friedrich Merz avait besoin de faire de la politique européenne à Berlin, avant d’en faire à Bruxelles. » Le chancelier a tiré les leçons du précédent mandat, durant lequel l’Allemagne s’est trouvée à de nombreuses reprises sans position à défendre à Bruxelles, la faute à des divisions au sein de la coalition entre les sociaux-démocrates, les libéraux et les Verts. « Pour la première fois depuis 1963, le ministre des affaires étrangères appartient au même parti que le chancelier ; ça facilite les prises de position »,observe Paul Maurice.
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Méthode frontale
Les connexions de Friedrich Merz ne l’empêchent pas de connaître des déconvenues à Bruxelles. À son arrivée au sommet européen du 18 décembre, le chancelier est à l’offensive sur la finalisation de l’accord commercial avec le Mercosur, jugé indispensable pour assurer des débouchés aux entreprises allemandes, et sur l’utilisation des avoirs russes gelés afin de financer l’aide à l’Ukraine. Sur les deux dossiers, le Conseil s’est finalement soldé par un revers pour le chancelier. La conclusion de l’accord avec le Mercosur a été reportée à janvier, et la solution d’un emprunt commun a été préférée à l’utilisation des avoirs russes.
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« Pour être efficace à Bruxelles, la politique doit être coordonnée entre le Conseil, la Commission mais aussi le Parlement. Peut-être que Merz l’a oublié puisqu’il a été député européen à une époque où le Parlement était plus discret », entre 1989 et 1994, commente Paul Maurice.
Au-delà de l’instabilité parlementaire européenne, l’influence de Friedrich Merz promet également d’être mise à l’épreuve par la politique allemande. Plusieurs élections régionales sont prévues cette année. Celle en Saxe-Anhalt, programmée en septembre, pourrait être la plus sensible, dans la mesure où le parti d’extrême droite AfD pourrait l’emporter dans ce Land d’ex-Allemagne de l’Est. Par ailleurs, le SPD pourrait être tenté de s’affirmer davantage dans la coalition s’il sort affaibli de la séquence électorale.
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