Les contestations massives en Iran ne sont pas comme les précédentes : "Le régime est pris dans un cercle vicieux"
Pour le chercheur Clément Therme, la jeunesse d'Iran est désireuse de prendre une revanche sur les générations qui ont fait la révolution en 1979.
Quel regard jetez-vous sur la répression à l’œuvre en Iran ?
On serait à plus de deux mille morts. On parle en tout cas à l’échelle de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de morts. Lors de la dernière coupure nationale d’Internet en 2019, il y avait eu 1 500 morts. On connaît le mode d’action : quand ils coupent l’Internet, c’est ça qu’ils font. On connaît les chiffres par les nombreuses ONG, comme HRANA, qui sont en contact avec les victimes.
Cela a-t-il pris une autre tournure que lors des contestations précédentes ?
Ce n’est pas la même ampleur que d’habitude. Dès le départ, ce n’était pas économique, c’était politique. Cela a été présenté de manière biaisée, et à mon avis erronée, en Occident comme une révolte contre la vie chère. Rien n’est plus faux que cette phrase, parce que le taux de change rial-dollar dépend de la relation avec les États-Unis. C’est une question politique, idéologique, pour la République islamique, qui a trait à l’ADN du régime. Pour régler la question économique, il faut qu’ils se réconcilient avec les États-Unis.
Les commerçants ont tout de même préféré fermer boutique…
Oui. Les importateurs de téléphones et d’équipements électroniques du bazar achetaient leurs produits le matin et, le soir, ils les vendaient à perte, puisque la monnaie continue à se dévaluer. En fait, c’est l’absence de rationalité économique de la République islamique qui est remise en cause. Le système n’est plus capable de donner une indication. Avant, on ne pouvait pas se projeter à quelques jours. Mais là, c’était à quelques heures, à quelques minutes, dans la même journée. C’est la destruction du secteur privé qui s’accélère à cause de la dégradation de la situation depuis la guerre (contre Israël en juin 2025, NdlR) .
Comment cette dégradation s’est-elle produite ?
La guerre a accéléré la chute du rial. Ensuite, la République islamique n’est plus garante de la sécurité du pays : l’argument selon lequel “il y a la dictature, mais pas la guerre” est tombé depuis le mois de juin. Et, depuis le 7-Octobre, il y a un affaiblissement de son réseau d’influence dans la région. Le dernier facteur, c’est l’opposition en exil. Pour la première fois, elle a accompagné le mouvement et l’a stimulé. Reza Pahlavi a fait un appel et les gens sont descendus dans la rue. Et ça, c’est inédit.
À quoi attribuez-vous ce caractère inédit, au-delà de l’affaiblissement du système ?
Pahlavi représente l’ancien régime. Il représente un Iran avec une forte croissance économique, une monnaie forte, une relation amicale avec les États-Unis, une politique régionale consensuelle, une politique internationale qui défend les intérêts économiques du pays. Il y avait aussi la sécularisation : la situation des femmes qui était meilleure avant la révolution. Une nostalgie aussi : le désespoir du présent renvoie aussi vers un passé réinventé. La nostalgie efface les aspects négatifs.
La jeunesse iranienne est avide d’un avenir meilleur…
Oui, c’est ce que souhaite la génération Z. Elle n’a pas connu la révolution. On dit souvent qu’il n’y a pas deux révolutions dans la même génération. Aujourd’hui, il y a 60 % des Iraniens qui n’ont pas vécu la révolution de 1979. Et ils n’ont pas connu la période d’avant. Ils ont donc une vision différente. Ils en veulent à leurs parents d’avoir fait la révolution. Donc il y a une revanche des jeunes, qui les accusent de les avoir mis dans une situation impossible.
Le président Trump dit que l’Iran veut négocier. Est-ce plausible ou une manière de les y inviter ?
La possibilité d’une négociation dépendra de la volonté de la République islamique d’accepter finalement les conditions posées par Trump. Donc, le défi, pour les autorités iraniennes, c’est de renier l’ensemble de leur corpus idéologique et d’y survivre sur le plan de la cohésion interne. Le guide suprême a toujours dit qu’il ne réformait pas en situation de faiblesse. C’est pour ça qu’à chaque vague, il procède d’abord par une répression massive et ensuite il cherche à régler le problème. Là, c’est l’heure du coup de force.
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