Midterms 2026 : « Les raisons du tsunami démocrate aux Etats-Unis sont bien connues , le coût de la vie , la brutalisation de la vie politique et la corruption »
Dans une tribune au « Monde », la politiste Laurence Nardon revient sur les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre. Pour elle, la victoire du camp démocrate rend difficile toute contestation des résultats par le président Donald Trump.
Aux Etats-Unis, les démocrates ont vu leurs prévisions les plus optimistes se réaliser lors des élections de mi-mandat. Ils obtiennent une majorité considérable d’au moins 229 sièges contre 139 à la Chambre des représentants (67 restent encore à pourvoir à l’heure où paraît cette tribune) et d’au moins 54 sièges contre 44 au Sénat (2 sièges encore à pourvoir). Ils remportent également des victoires inédites depuis quarante ans dans des bastions républicains tels que leKansas ou le Texas, où ils s’emparent du siège de sénateur (avec James Talarico) et de celui de gouverneur (avec Gina Hinojosa). La victoire est telle que certaines circonscriptions redessinées tout exprès par les républicains sont finalement tombées dans l’escarcelle des démocrates.
Les raisons de ce tsunami sont bien connues, puisque sondage après sondage les Américains se disent depuis des mois excédés, non seulement par la hausse du coût de la vie, mais aussi par la brutalisation de la vie politique et la corruption éhontée du clan Trump depuis son retour au pouvoir, en 2025. Elles ont donné au parti de l’âne [l’emblème des démocrates] un élan qu’il n’avait pas connu depuis l’élection de Barack Obama, en 2008.
Une autre divine surprise pour les démocrates tient à l’acceptation par Donald Trump (pour l’instant !) des résultats del’élection. Depuis des mois, le président américain annonçait pourtant régulièrement qu’il crierait à la fraude si son camp n’était pas le vainqueur. Deux raisons pourraient expliquer ce revirement. Contester la victoire de Joe Biden lors de laprésidentielle de 2020 revenait à mettre en cause un seul résultat. Refuser la défaite cette fois-ci exigerait soit de contester d’un bloc les milliers de victoires démocrates intervenues dans les Etats, soit de choisir quelques élections-clés à récuser, mais lesquelles, et comment organiser la fronde si elles ont eu lieu loin de Washington ?
En outre, comme son nom n’apparaissait pas sur les bulletins de vote, Trump peut prétendre n’être pas en cause. Il cède donc à son penchant narcissique pour le camp des gagnants, et lâche en rase campagne les « losers » républicains. Il a ainsi annoncé [le 3 novembre], dans une interview accordée au New York Times, qu’il tâcherait de travailler avec les élus démocrates du Congrès – ce qui n’est vraiment pas son habitude.
Les conséquences de cette victoire se verront donc au Congrès, où les démocrates vont désormais pouvoir légiférer, non seulement sur le budget, mais aussi sur des dossiers majeurs. Ils auront ainsi la possibilité de rétablir les sanctions contre la Russie qu’avait prévues la loi « Lindsey Graham » (du nom de l’ancien sénateur républicain, trumpiste mais antirusse, mort en juillet) que le président a suspendues, le 16 octobre, dans le contexte de son deal avec Moscou sur le diesel. Les démocrates n’hésiteront pas non plus à lancer de multiples enquêtes en corruption, ainsi que sur des sujets brûlants, tels que les bavures de la police de l’immigration ICE ces derniers mois ou les frappes réalisées depuis septembre 2025 par l’armée américaine sur des navires accusés de narcotrafic dans les Caraïbes, et qui ont fait à ce jour près de 250 victimes. La majorité bleue au Sénat permettra enfin aux démocrates de bloquer les nominations proposées par la Maison Blanche – ce qui sera d’une importance capitale si un juge de la Cour suprême doit être remplacé dans les deux ans à venir.
Rude bataille des primaires à venir
Reste à savoir ce que les démocrates vont faire de cette victoire. Ils ont pu cette année mener campagne sur des enjeux et avec des candidats extrêmement différents, correspondant aux attentes, souvent contradictoires, des électeurs démocrates dans chaque circonscription du pays. Il faudra cependant présenter un candidat et un programme uniques lors des présidentielles de novembre 2028.
Entre le courant centriste à la Barack Obama ou à la Joe Biden et le courant radical, inspiré ou affilié aux Democratic Socialists of America, la bataille des primaires du printemps 2028 sera rude. Les modérés ont pour l’instant bien des difficultés à imaginer un programme différent de celui de Biden en 2021 – notamment sur les questions économiques, avec l’Inflation Reduction Act de 2022 qui avait soulevé de grands espoirs de prospérité. Jon Ossoff, qui vient d’être réélu au siège de sénateur de Géorgie, avec 59 % des voix, est l’un des visages de ce courant.
[…]
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