09
fév
2018
Espace Média L'Ifri dans les médias
Victor MAGNANI, cité par Florence Richard sur le site de France 24

Afrique du Sud : l'ANC face à l'entêtement de Jacob Zuma

En Afrique du Sud, la direction du parti au pouvoir, l'ANC, tente d'obtenir le départ anticipé du chef de l'État Jacob Zuma, discrédité par des scandales à répétition. Ce dernier s'accroche au pouvoir, quitte à fragiliser sa formation.

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Depuis son arrivée au pouvoir en 2009, le président sud-africain Jacob Zuma a survécu à huit motions de défiance déposées par l’opposition. À huit reprises, le Parlement a choisi de le maintenir au pouvoir malgré les scandales de corruption qui s'accumulent, les soupçons de conflits d'intérêts, les piètres résultats économiques et un taux de chômage record dans le pays de 27,7 %. Insubmersible, Zuma ? Jusqu'à présent, oui. Le chef de l’État a en effet toujours su manœuvrer habilement pour se maintenir au pouvoir. Les premières motions ont toutes été très largement rejetées dans cet hémicycle dominé par les membres du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis la fin officielle du régime d'apartheid en 1994, loyal au chef de l’État. Mais la dernière, déposée en août 2017, n’a échoué qu’à 24 voix près, signe que le plébiscite, au sein de son propre camp, appartient bel et bien au passé.

"Jacob Zuma a toujours fait preuve d’une grande habileté politique. À plusieurs reprises, il a été acculé, mais il a toujours réussi à se maintenir. Néanmoins, ce maintien était possible car il était maître de l’ANC, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Il est plus que jamais en position de faiblesse", analyse Victor Magnani, spécialiste du pays, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri), interrogé par France 24. Le vice-président Cyril Ramaphosa a pris la tête de l'ANC le 18 décembre dernier, poste occupé pendant dix ans par Jacob Zuma.

Vendredi, les six plus hauts responsables de l’ANC, le "top six", ont annoncé qu'ils annulaient tous leurs engagements publics prévus dans la journée de célébration du centenaire de la naissance de la figure historique du parti, Nelson Mandela, pour se concentrer à la résolution de cette crise politique. Dimanche 4 février, ils avaient pour la première fois officiellement demandé au président de démissionner. Refus obstiné de Jacob Zuma, affirmant, selon les médias locaux, n'avoir rien à se reprocher et profitant des atermoiements du parti, profondément divisé sur le sujet, pour s’accrocher. Afin de tenter de sortir de l’impasse, Cyril Ramaphosa a entamé avec lui des discussions directes dans le but d’obtenir au plus vite son départ.

Une crise similaire en 2007

Ce n’est pas la première fois que l'ANC traverse une période de fortes turbulences. En décembre 2007, la formation avait fait face à une crise très similaire qui s’était soldée par le départ du chef de l'État, Thabo Mbeki. "Deux factions s'opposaient de la même manière alors au sein du parti, de manière très nette. Celle en faveur du président Thabo Mbeki et celle en faveur de Jacob Zuma qui représentait une aile plus à gauche. Le président a été mis en minorité et obligé de démissionner", rappelle Victor Magnani.

C'est le NEC, le très puissant comité national exécutif de l'ANC, qui avait révoqué Thabo Mbeki, contraint dans la foulée de quitter ses fonctions. Le NEC et ses 107 membres ont en effet le pouvoir de "rappeler" le président, qui ne tient sa légitimité que des seuls députés qui l'élisent, et de le pousser à la démission. Dans le cas de Jacob Zuma, une première réunion du NEC qui devait se tenir début février a été reportée aux 17 et 18 février en raison de "discussions fructueuses et productives" entre le chef de l'État et la direction du parti. "Si les négociations s'étirent en longueur, c'est que le chef de l'État, menacé de poursuites judiciaires dans plusieurs affaires de corruption, cherche à obtenir une immunité pour lui et plusieurs membres de sa famille", croit savoir Robert Besseling, analyste pour le groupe EXX Africa, interrogé par l’AFP. Il est pourtant impensable, selon Victor Magnani, que Jacob Zuma parvienne à négocier cette immunité : "Il faut être prudent sur ce point. L’Afrique du Sud dispose de garde-fous importants, ses institutions fonctionnent, notamment son système judicaire".

"Un jeu d'équilibriste"

Mais le temps presse. Cyril Ramaphosa sait qu’il faut aller vite dans la perspective des élections générales en 2019 et alors que la popularité de l’ANC souffre de la situation. Il fait aller vite, mais tout en veillant à ne pas fracturer davantage le parti. "Il a pris la tête d’un parti très divisé et ne doit braquer personne, ni les pros, ni les anti-Zuma, presque à parts égales dans le parti. C’est un jeu d’équilibriste très délicat puisqu’il doit préserver à tout prix l’unité, explique Victor Magnani. "Une des grandes qualités de Cyril Ramaphosa, c’est sa capacité à négocier. Il a l’habitude des négociations délicates, comme celles qu’il a menées avec quelques représentants du gouvernement d'apartheid", rappelle le spécialiste.

Une qualité qui semble indispensable face à un Jacob Zuma réputé tenace et retors. Dans ce combat interne à l'ANC, Cyril Ramaphosa, qui a promis de combattre la corruption qui gangrène le sommet de l'État et de faire revenir les investisseurs étrangers dans le pays, joue gros. "S'il ne parvient pas à se débarrasser de Zuma maintenant, il va apparaître faible", prévient Ben Payton, du centre d'études britannique Maplecroft, interrogé par l'AFP.

 

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