01
jan
2018
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La France, une opportunité pour Vladimir Poutine

Aux yeux des dirigeants russes, la France est toujours considérée comme une opportunité. Peu importe le pseudo-virage de Moscou vers la Chine, son obsession persistante pour les Etats-Unis, les tapes dans le dos (et les coups de poignard) de Vladimir Poutine à son "bon ami" Erdogan ou encore les tapis rouges déroulés pour le roi d’Arabie Saoudite, la relation avec Paris bénéficie toujours d’une attention prioritaire.

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A cet égard, la demi-promesse faite par Emmanuel Macron d’assister au Forum économique de Saint-Pétersbourg fin mai 2018 est saluée à Moscou comme un signe d’intérêt renouvelé de la part des investisseurs européens pour le pays.

Le rétablissement de bonnes relations avec l’Europe est crucial pour que la Russie puisse sortir de la stagnation économique et la France peut jouer un rôle central dans cette réhabilitation de Moscou. Les experts russes mettent donc en avant les raisons culturelles et historiques qui justifient de considérer l’Hexagone comme une grande puissance, du même niveau ou presque que la Russie.

Le fait que la France ait un siège de membre permanent au Conseil de sécurité pèse beaucoup dans cet argumentaire, tout comme sa ferme volonté de conserver l’arme nucléaire. La Russie a lourdement investi dans la modernisation de son propre arsenal nucléaire et cherche une manière d’en récolter les dividendes politiques. Mais son poids sur la scène internationale ne s’en est guère ressenti jusqu’à présent, car les tensions autour du contrôle des armements et de la prolifération sont concentrées en Extrême-Orient aujourd’hui. Et sur la crise nord-coréenne, Moscou ne peut que suivre la ligne fixée par Pékin, ce qui montre bien les limites concrètes de leur partenariat.

Se concentrer sur l’Europe

C’est plutôt sur ses relations avec l’Europe que la Russie a été contrainte de se concentrer récemment, du fait de la confrontation en cours autour de l’Ukraine et des sanctions décidées par l’Union européenne contre Moscou. Le Kremlin veut tirer profit des divisions entre les Etats membres. Vladimir Poutine est persuadé que les dessous des batailles politiques européennes et les confrontations entre partis dans ces différents pays n’ont aucun secret pour lui. L’Allemagne et sa classe politique étaient jusqu’ici son terrain de jeu favori. Il y entretenait des réseaux utiles pour la Russie grâce à de l’argent d’origine douteuse. Mais Angela Merkel a pris la mesure du personnage et s’efforce avec détermination de mettre fin à ces liens peu recommandables.

Au cours de ces deux dernières années, Vladimir Poutine a aussi apporté son aide à beaucoup de partis d’extrême droite, comme le Front national de Marine Le Pen, mais il a peu d’estime pour ces forces politiques relativement marginales. Il vise plus haut et juge que la France est aujourd’hui son meilleur cheval. L’accroissement de l’influence de Paris en Europe à la faveur de l’élection d’Emmanuel Macron ne peut qu’attirer son intérêt.

Le jeune président français est un phénomène que Poutine a cependant du mal à saisir : son succès électoral participe d’une révolte contre les vieilles élites politiques qui court dans toute l’Europe, mais son populisme victorieux est proeuropéen et confiant. Bâtir une relation profitable avec Emmanuel Macron est une tâche excitante et urgente pour Poutine. Mais il ne peut s’appuyer ni sur la corruption ni sur l’anti-américanisme. Il entend donc utiliser un point faible de la France, toujours préoccupée par son rang dans le monde, et témoigner à Emmanuel Macron tout le respect que l’on doit au dirigeant d’une autre "grande puissance".

 
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Emmanuel Macron Sanctions Union européenne France Russie