Cyber : les enjeux pour la défense et la sécurité des Français
En janvier 2018, la France s’est dotée de sa première Revue stratégique de cyberdéfense. Ce document analyse les menaces existant dans le cyberespace, tout en constatant les défaillances de la gouvernance mondiale de l’internet. Il clarifie les principes d’organisation de la cyberdéfense française et présente l’État comme le garant de la cybersécurité de la Nation. Il plaide pour le rétablissement de la souveraineté numérique de la France et améliore les dispositifs de coopération public-privé.
Année électorale et de changement politique, 2017 aura été marquée par des réflexions stratégiques sur la politique de défense et de sécurité de la France. À la veille de l’élection, en avril 2017, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) publiait Chocs futurs, rapport consacré à l’impact des transformations technologiques sur notre environnement stratégique et de sécurité. Cette étude prospective à 30 ans avait pour objectif d’appeler l’attention sur certaines évolutions ou révolutions technologiques pouvant modifier les paramètres d’action des armées et des forces de sécurité intérieure. Inscrit dans le temps long de la prévision, Chocs futurs poussait néanmoins à des décisions rapprochées pour tenir compte de tendances lourdes comme la banalisation de l’accès à l’espace extra-atmosphérique ou la montée des périls dans le cyberespace. Ce rapport a pu influer sur certains contenus de deux exercices lancés aussitôt après les élections législatives par le chef de l’État : la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale et la Revue stratégique de cyberdéfense.
À la différence notable de Chocs futurs, ces documents officiels ont une finalité décisionnelle. Ils ont été commandés et conçus pour orienter les politiques de défense et de sécurité, à commencer par les choix immédiats de programmation militaire. Leurs conclusions furent arrêtées en Conseil de défense en octobre 2017 et janvier 2018.
Ces deux revues, qu’il s’agisse de leurs modalités de préparation ou de leurs traductions concrètes, divergent dans leurs approches, même si leurs conclusions sur la cyberdéfense se recoupent et si la revue de cyberdéfense trouve aussi des débouchés concrets dans le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025.
Élaborée en trois mois par une commission de personnalités qualifiées présidée par Arnaud Danjean, la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale, est un document concis qui actualise le Livre blanc de 2013. Elle procède à une analyse des menaces auxquelles notre pays est confronté pour redéfinir les missions des armées. Elle constitue l’exposé des motifs et le cadre stratégique de la LPM 2019-2025. […]
PLAN
- Les dangers du monde cyber
- Des menaces croissantes en intensité, diversité et sophistication
- Un monde cyber sans règle - L’État, responsable de la cyberdéfense de la Nation
- Clarifier les principes d’organisation de la cyberdéfense française
- Consolider la cyber cuirasse du pays
- L’article 19 de la LPM - L’État, garant de la cybersécurité de la société
- Le rétablissement de notre souveraineté numérique
- Améliorer le cadre de certification, encourager le développement de normes professionnelles
- La diffusion de la culture de la sécurité numérique dans la société
Louis Gautier ancien Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (2014-2018), est conseiller-maître à la Cour des comptes et directeur de la chaire Grands enjeux stratégiques contemporains de l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.
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Cyber : les enjeux pour la défense et la sécurité des Français
Introduction
«Ventre mou » de nos sociétés ultra-connectées, la cybersécurité n’est désormais plus un sujet obscur, exigeant la publication d’ouvrages alarmistes pour capter l’attention. Voici quelques années encore, cette notion se limitait aux piratages informatiques de banques et d’entreprises, et ses logiques – il est vrai complexes – ne parlaient qu’à d’étroits cénacles d’experts techniques. Avec la multiplication des vulnérabilités, portées par la connectivité toujours plus importante des activités économiques et humaines, nos sociétés prennent conscience de l’ampleur des enjeux.
Djihad et vidéos de propagande : le cas Boko Haram
Faute de pouvoir accéder à des zones de guerre, nombre de chercheurs étudient les mouvements insurrectionnels ou terroristes à travers le prisme des vidéos de propagande. L’exemple de Boko Haram illustre les limites d’une telle méthode qui méconnaît les réalités du terrain et accorde trop de poids aux arguments de nature religieuse. La propagande veut donner à croire qu’il existe une Internationale djihadiste. Les dynamiques sociologiques à l’œuvre au Nigeria invitent à nuancer une telle vision.
Migrations : l’impasse européenne
La pression migratoire est une donnée destinée à perdurer pour l’espace européen. Des normes minimales communes ne pourraient être développées pour l’accueil des migrants que dans le cadre de l’UE. Les réticences des pays d’arrivée, comme celles des pays de départ, brident la mise en place d’un dispositif global. De plus, l’intransigeance des gouvernements populistes risque de conduire à la disparition pure et simple de toute entente européenne sur les phénomènes migratoires.
De la (nouvelle) guerre
Les dynamiques nouvelles d’affirmation de la puissance, de redistribution des influences et l’irruption des nouvelles technologies changent-elles à la fois la place de la guerre dans la vie ordinaire de nos sociétés et la manière de la faire quand elle advient ? L’obsession du conflit jointe à l’efficacité technique nous impose-t-elle un état de guerre larvée permanente ? Et quand les armes parlent, l’intervention des technologies modernes et des entreprises qui les produisent révolutionne-t-elle à la fois le processus de décision politique et l’engagement des hommes dans la guerre ? Questions essentielles que suggèrent les conflits d’Ukraine et du Moyen-Orient, et qui déterminent dès aujourd’hui les réflexions de stratégie et d’organisation des armées.