Retour sur la crise du Golfe de 2017
La crise du Golfe, qui a démarré en juin 2017, reflète des tensions anciennes entre le Qatar et ses voisins. L’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis reprochent en particulier à Doha son soutien aux Frères musulmans et son rapprochement avec Téhéran. Cette crise a suscité l’embarras des pays occidentaux qui coopèrent avec toutes les parties. L’engagement de la Turquie aux côtés du Qatar rend une escalade militaire peu probable. Nul n’a intérêt à ce que la situation s’envenime.
La rupture des relations diplomatiques annoncée le 5 juin 2017 entre le Qatar d’une part, et l’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte d’autre part, semble avoir surpris bon nombre d’observateurs. En effet, jamais une escalade diplomatique entre les monarchies arabes du Golfe n’avait atteint un tel sommet. Cette crise, même si elle surprend par son ampleur, n’est pas la première entre États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG).
En 2014, Riyad, Abou Dhabi et Manama avaient déjà rappelé leurs ambassadeurs à Doha. Ils reprochaient au Qatar certains aspects de sa politique étrangère, et notamment son soutien politique et financier à la confrérie des Frères musulmans. À l’époque déjà, le soutien du Qatar aux Frères musulmans – mouvement politico-religieux fondé en Égypte en 1928 – était donc au centre des querelles, notamment en raison de l’hostilité affirmée des Émirats arabes unis et du roi Abdallah d’Arabie Saoudite envers ce mouvement. Après plusieurs mois de brouille diplomatique, le Qatar s’était engagé auprès de ses voisins à ce que les Frères musulmans n’opèrent plus depuis le petit émirat peuplé de deux millions d’habitants. En dépit de cette accalmie et d’une unité de façade retrouvée – notamment en raison de convergences sur le dossier syrien –, plusieurs événements récents laissaient présager de jours difficiles entre les monarchies du Golfe.
Des rivalités récurrentes
Une diplomatie proactive
La liste des griefs des voisins du Qatar à son encontre est longue. Sous l’impulsion du précédent émir, Hamad ben Khalifa Al-Thani, le Qatar a initié une politique étrangère ambitieuse, entrant fréquemment en opposition avec celle de ses voisins arabes.
Dès 1996, l’émir Hamad a lancé la chaîne satellitaire Al-Jazeera. Dans un monde arabe où la presse était alors majoritairement soumise à la censure, et se contentait de faire la promotion des régimes en place, le lancement de cette chaîne d’information en continu depuis Doha, qui offrait un regard critique nouveau sur le monde arabe et ses dirigeants, révolutionna l’information arabe. […]
PLAN
- Des rivalités récurrentes
- Une diplomatie proactive
- Les révolutions arabes ou le temps de la discorde - La crise de juin 2017 : pourquoi maintenant ?
- Un lien avec la visite de Donald Trump dans le Golfe ?
- Le piratage de l’agence de presse qatarie : le prétexte ? - Quels objectifs ?
- Le précédent omanais
- Le Conseil de coopération du Golfe : le projet saoudien d’union politique - Les réactions internationales
- L’embarras des Occidentaux
- L’indéfectible soutien turc
- L’Iran, grand gagnant de la crise ?
- La surprise africaine - Quelles perspectives ?
- Les potentielles conséquences à long terme
Rachid Chaker est doctorant et chargé d’enseignement en relations internationales à l’université Paris-2 Panthéon-Assas. Sa thèse porte sur les rivalités d’influence dans le golfe Persique depuis la guerre d’Irak de 2003.
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Retour sur la crise du Golfe de 2017
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