État islamique : l’autre menace
L’État islamique est aujourd’hui en recul en Irak et en Syrie. Il a cependant suscité l’adhésion de multiples branches et soutiens dans de nombreux pays. Inégaux dans leurs moyens, ces groupes représentent un nouveau défi dans un contexte international incertain, défi qui pourrait s’aggraver avec le recul de l’EI au Proche-Orient et le retour dans leurs pays des djihadistes. Les régions d’Asie du Sud et du Sud-Est pourraient être particulièrement concernées.
L’événement est pratiquement passé inaperçu, mais révèle la menace posée par l’État islamique (EI) : bien qu’il soit en déclin dans son bastion syroirakien avec le début de la bataille de Mossoul le 17 octobre 2016 et l’annonce de l’offensive sur Raqqa le 6 novembre, le groupe djihadiste a occupé un mois et demi (du 26 octobre au 7 décembre 2016) la ville portuaire de Qandala, dans l’État autonome de Puntland, en Somalie. Une cinquantaine de djihadistes seraient parvenus à faire fuir les quelques soldats et officiers de l’armée présents dans la ville. Reprise le 7 décembre par les forces du Puntland, qui avaient pourtant annoncé que les djihadistes s’étaient retirés de Qandala le jour même de l’occupation de la ville, l’épisode montre bien la capacité de l’État islamique à tirer profit du vide laissé par un État et ses institutions.
Depuis l’automne 2014, l’EI a étendu ses métastases du Maghreb à la péninsule arabique, en passant par l’Afrique de l’Ouest, le Caucase et la région Afghanistan/Pakistan. La force, les effectifs, les modes opératoires variant selon les régions. Selon la typologie de William McCants, de la Brookings Institution, on peut distinguer trois types de branches de l’EI. Le proto-État, en mesure de contrôler et administrer un territoire, à l’instar du bastion syro-irakien. Seule la branche libyenne d’avant mai 2016 – date à laquelle les milices de Misrata ont lancé leur offensive contre les djihadistes désormais chassés de leur territoire de Syrte et de ses environs – peut être classée dans cette catégorie. Le groupe insurrectionnel, lui, se caractérise par un contrôle territorial fluctuant et des fonctions administratives absentes ou presque. C’est le cas des branches égyptienne, afghane et africaine de l’Ouest (Boko Haram). Enfin, l’organisation terroriste agit uniquement dans la clandestinité : c’est le cas des branches saoudienne et russe, mais aussi yéménite – en témoigne l’attaque kamikaze du 24 janvier contre des combattants houthistes près de la ville d’Ibb.
La création d’un véritable « archipel » par l’État islamique éclaire l’étendue de ses ambitions (la mise en place d’un califat global), et l’ampleur de la menace pesant sur la sécurité internationale. Le groupe peut ainsi relativiser ses pertes dans un territoire donné par ses avancées dans un autre. […]
PLAN
- L’État islamique et ses branches : reconnaissance et gestion
- Des remous autour de la reconnaissance des branches
- Gestion des branches et politique de confiance - Perspectives des branches locales de l’État islamique
- Potentiels de développement et obstacles
- Une « diaspora de la terreur » ?
- L’Asie du Sud et du Sud-Est dans le viseur des djihadistes
Philippe Bannier est doctorant en science politique à Sciences Po Grenoble et à l’université de Nice-Sophia Antipolis. Il est l’auteur de L’État islamique et le bouleversement de l’ordre régional, Paris, Éditions du Cygne, 2015, et contributeur à Mundeo.
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