La souveraineté dans la Russie de Vladimir Poutine
Les usages multiples et contradictoires du concept de souveraineté, qui, au-delà de son contenu politico-juridique, a acquis une dimension civilisationnelle de plus en plus prononcée, sont emblématiques de la radicalisation du régime de Vladimir Poutine et de son révisionnisme. Le président russe divise le monde entre États souverains et colonies. Il accuse l'Occident d'expansionnisme et laisse clairement entendre que les frontières de la Russie pourraient s'étendre.
Le régime de Vladimir Poutine s’est construit en opposition aux « terribles années 1990 », avec pour objectif de faire de cette décennie le symbole du chaos et de l’abaissement de la Russie. Dès sa nomination au poste de Premier ministre à l’été 1999, il se présente comme celui qui entend restaurer la souveraineté de l’État en mettant au pas les féodalités (oligarques) et les régions (« verticale du pouvoir »), tout en rétablissant le statut international du pays. La seconde guerre de Tchétchénie, déclenchée à l’automne 1999 dans des conditions toujours non élucidées, est l’acte par lequel Poutine réimpose, par une campagne meurtrière, l’autorité de Moscou sur la république sécessionniste. Il bénéficie ainsi d’une popularité subite qui lui assure la victoire lors de l’élection présidentielle de 2000. La « souveraineté » n’est cependant pas mentionnée dans la tribune de fin 1999, dans laquelle le candidat à la succession de Boris Eltsine présente son projet pour la Russie, plaidant pour un « État fort », se félicitant que les Russes aient commencé à adhérer aux « valeurs humaines supranationales universelles » et exposant le « défi idéologique, spirituel et moral » auquel son pays est confronté.
L’évolution du concept de « souveraineté » illustre la transformation progressive du système russe depuis deux décennies. La première doctrine de politique étrangère, signée en juin 2000 par le président nouvellement élu, mentionne « la protection et le renforcement de la souveraineté et de l’intégrité territoriale ». Est évoquée la souveraineté économique du pays et sont condamnées les interventions humanitaires en l’absence de mandat des Nations unies. Cette question de la souveraineté revêt une dimension nouvelle avec la tragédie de Beslan (plus de 300 morts lors d’une prise d’otage dans une école) en septembre 2004 et les premières « révolutions de couleur ». « La Russie décidera elle-même de la manière dont elle mettra en œuvre les principes de liberté et de démocratie, en prenant en compte ses spécificités historiques, géopolitiques et autres. État souverain, la Russie peut et va établir elle-même le calendrier et les conditions », déclare en 2005 Vladimir Poutine dans son adresse annuelle à l’Assemblée fédérale. […]
PLAN
- Le projet de « démocratie souveraine » de Vladislav Sourkov
- La dimension civilisationnelle de la notion de souveraineté
- Évolution du concept de souveraineté et radicalisation du régime russe
- Une conception hiérarchique de l’ordre international
- Une nouvelle doctrine de souveraineté limitée dans l’espace post-soviétique
Bernard Chappedelaine, ancien conseiller des Affaires étrangères, a notamment été en poste à Moscou.
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La souveraineté dans la Russie de Vladimir Poutine
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