L’armée nigérianne et Boko Haram : les « supercamps » peuvent-ils tenir le statu quo ?
Depuis 10 ans, l’affrontement entre Boko Haram et l’État nigérian a connu plusieurs phases. Dans la dernière, à partir de 2019, l’armée nigériane s’est retranchée dans une vingtaine de supercamps, projetant tout autour ses attaques aériennes contre les diverses factions insurgées. Le conflit apparaît ainsi bloqué, mais sans doute au profit des insurgés, qui étendent leur emprise territoriale et sur les populations, en l’absence de perspective de solution politique.
Si Boko Haram trouve son origine en 1994, et si ses premières confrontations avec le pays remontent à 2003, la guerre du Nigeria contre Boko Haram ne commence qu’en 2010. La solution militaire est loin d’être imminente. Depuis mi-2019, l’armée nigériane et les deux principales factions de Boko Haram – la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (Islamic State-loyal Islamic State in West Africa Province, ISWAP) et le groupe non aligné Jamaat Ahlus Sunnah lid-Dawa wal-Jihad (JASDJ) – se trouvent dans une impasse. On examine ici celle dans laquelle se trouve l’État nigérian de Borno, et la capacité que le pays pourrait avoir d’y maintenir le statu quo actuel.
Négocier avec Boko Haram : la paix introuvable
On peut juger diversement les négociations du gouvernement nigérian avec les factions de Boko Haram, mais la plupart des analystes admettent qu’une solution diplomatique est peu probable. Kovacs, par exemple, identifie plusieurs causes de l’échec des négociations : la mauvaise foi du gouvernement aussi bien que du JASDJ ; la difficulté pour le gouvernement à identifier les représentants réels du JASDJ ; des influences extérieures, notamment de l’État islamique, sur l’ISWAP, et le fait que l’Organisation des Nations unies (ONU) ait désigné Mamman Nur, membre prééminent du JASDJ (puis de l’ISWAP) comme terroriste, réduisant ainsi sa motivation à aboutir à un accord de paix.
Fox et Zenn, de leur côté, soutiennent que les négociations entre le JASDJ ou l’ISWAP et le gouvernement nigérian ont bien eu lieu pour les échanges d’otages, dont deux groupes de lycéennes de Chibok libérées par le JASDJ en 2017 et 2018. De tels échanges ont cependant souvent avantagé les factions, avec le versement de rançons et la libération de prisonniers. Inversement, après l’échec des négociations avec le leader du JASDK Aboubakar Shekau sur un cessez-le-feu d’une semaine contre un meilleur traitement des prisonniers – échec dû à des fuites gouvernementales –, Shekau s’est promis de ne plus jamais mener de négociations de paix. Le JASDJ et l’ISWAP s’alignant sur cette position, des négociations « de fond » pour une fin du conflit sont hors de portée, même si des négociations ponctuelles restent possibles sur les otages. […]
PLAN
- Négocier avec Boko Haram : la paix introuvable
- Les quatre premières phases du conflit entre l’armée nigériane et Boko Haram
- Origines et première phase : le choc au Nigeria
- Deuxième phase : une sophistication croissante
- Troisième phase : les conséquences imprévues du contre-terrorisme
- Quatrième phase : tensions internes et reconstruction
- La phase 5 : conséquences de la « stratégie des supercamps »
Jacob Zenn est professeur associé à l’université Georgetown et chercheur à la Jamestown Foundation. Il a notamment publié Unmasking Boko Haram: Exploring Global Jihad in Nigeria, Boulder, Lynne Rienner Publishers, 2020.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Tarpinian.
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L’armée nigérianne et Boko Haram : les « supercamps » peuvent-ils tenir le statu quo ?
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