Gouvernance mondiale : un seul pilier ne fait pas la maison
Depuis la fin de la guerre froide, le système international est unipolaire, dominé par les États-Unis. La pandémie de COVID-19 accélère une période de transition instable vers un monde multipolaire. Cette évolution ne serait un progrès pour l’humanité que si quatre conditions étaient remplies : développer la diversité linguistique et culturelle ; renforcer et rénover le multilatéralisme ; poursuivre la diffusion du modèle démocratique ; œuvrer au rapprochement de l’Europe et de l’Afrique.
Au Rwanda, un proverbe nous rappelle qu’« un seul pilier ne fait pas la maison ». J’ai toujours vu là une invitation à chérir le pluralisme, à voir la diversité comme une force plutôt qu’une cause de désordre. Cette sensibilité à la diversité a guidé mon parcours, de l’Afrique à l’Europe, en passant par les États-Unis, jusqu’à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dont l’ambition est de faire dialoguer 88 États et gouvernements, riches d’histoires et de cultures différentes.
Cette sensibilité empêche de voir comme un péril le monde multipolaire qui paraît s’imposer et dont la crise de 2020 pourrait bien avoir accéléré le développement. Je suis au contraire persuadée que nous avons tout à gagner à un monde marqué par une pluralité de pôles de puissance, politique, économique, culturelle. Je me garderai pourtant d’idéaliser le monde multipolaire. Le chemin qui y conduit est semé d’embûches, lourd de tensions, de crises, de conflits. Il ne sera un progrès effectif pour la paix, la démocratie, la diversité culturelle, le développement durable de la planète, qu’à un certain nombre de conditions.
Un mouvement irréversible vers un monde multipolaire
Chacun le voit : nous assistons à une profonde transformation du système international. Si l’ordre bipolaire de la guerre froide a laissé la place à un monde marqué par la suprématie de la puissance américaine, cet ordre unipolaire a trouvé à son tour ses limites. Sous nos yeux se dessine un nouveau système international caractérisé par l’existence de plusieurs pôles de puissance.
Pour saisir l’ampleur des changements en cours, il faut se rappeler ce que fut la dernière décennie du XXe siècle. Après l’effondrement de l’Union soviétique, les États-Unis restaient la seule puissance globale. Ils apparaissaient comme le garant ultime de la sécurité partout dans le monde, encourageant activement, pour leurs vertus pacificatrices, à la fois la démocratie, le commerce, le droit international, le multilatéralisme, qui connurent au tournant du siècle des progrès considérables.
Tout commence à changer à partir des années 2000. D’abord du fait des mouvements tectoniques de l’économie, en particulier de la sortie de la pauvreté et de l’intégration dans le commerce international d’immenses masses de populations. La Chine, entrée dans le capitalisme avec Deng Xiaoping, devient une grande puissance économique. À mesure qu’ils s’ouvrent eux aussi au marché et à la mondialisation, d’autres pays-continents émergent, en particulier l’Inde. […]
PLAN
- Un mouvement irréversible vers un monde multipolaire
- Instabilités et dangers d’une transition
- Accompagner le développement du monde multipolaire
- Pour une nouvelle diversité culturelle et linguistique
- Rénover le multilatéralisme - Défendre l’universalité de la démocratie
- L’Europe et l’Afrique doivent avoir toute leur place dans un monde multipolaire
Louise Mushikiwabo est secrétaire générale de la Francophonie. Elle a été ministre des Affaires étrangères du Rwanda de 2009 à 2018.
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Gouvernance mondiale : un seul pilier ne fait pas la maison
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