Le « trumpisme » en politique étrangère : vision et pratique
En 2016, Donald Trump s’est présenté comme le candidat de la rupture et, une fois élu, il s’est évertué à déconstruire l’héritage de ses prédécesseurs. Sa vision du monde est fondée sur la conviction que les États-Unis sont floués par leurs alliés et que les institutions multilatérales desservent les intérêts américains. Il a cherché à remettre en question l’ordre international qu’il juge comme autant de contraintes à la puissance américaine, et à faire entrer les États-Unis dans une ère de confrontation géopolitique avec la Chine.
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2017 annonçait le début d’une nouvelle ère. Durant la campagne, le candidat républicain n’avait laissé aucun doute sur sa volonté de rompre avec les administrations passées, y compris en matière internationale. « Notre politique étrangère est un désastre total », déclarait-il en avril 2016, listant une longue série « d’humiliations » récentes subies par son pays. Alors qu’approche l’élection présidentielle de novembre 2020, un bilan s’impose.
Après 3 ans et demi d’exercice du pouvoir, il apparaît que Trump est bien porteur d’une vision et d’une pratique de politique étrangère inédites, vecteurs d’une transformation profonde du leadership américain dans le monde. Les obsessions du président – importance de la souveraineté nationale et méfiance vis-à-vis des organisations multilatérales, volonté de déconstruire l’héritage de Barack Obama – s’alignent par ailleurs souvent sur celles d’un Parti républicain en pleine mutation idéologique. Le style imprévisible de Trump, et la mise au pas de l’administration, ont aussi structuré la mise en œuvre des fondamentaux de la politique America First.
L’histoire de l’administration Trump à l’international est d’abord celle de la déconstruction de l’idée même d’une « communauté internationale », et du rapport entre les intérêts américains et l’ordre international libéral. C’est également l’histoire d’une volonté de passer des deals qui pourraient être présentés à la population américaine comme autant de victoires. C’est, enfin, l’histoire d’un leadership américain transformé dans le contexte d’une compétition politique, militaire et économique avec la Chine.
L’émergence d’une vision « trumpiste » des relations internationales
Pour les analystes les plus critiques, il serait vain de chercher une cohérence dans la politique étrangère de Donald Trump. Au-delà de quelques marottes personnelles, il ne proposerait pas une véritable politique étrangère. Sa conduite chaotique de l’appareil administratif, et la complexité même de l’environnement stratégique contemporain, ne permettraient pas d’identifier une approche cohérente des affaires extérieures. La seule constance du président serait d’ailleurs sa capacité à changer d’avis. Dans ce contexte, chercher à définir un trumpisme en politique étrangère, voire une doctrine Trump, relèverait d’une véritable gageure.
PLAN
- L’émergence d’une vision « trumpiste » des relations internationales
- Une politisation accrue de la politique étrangère américaine
- L’imprévisibilité de Trump à l’épreuve du réel
- L’administration America First
- Un projet de déconstruction
- La recherche de wins
- Un nouveau leadership américain face à la compétition chinoise
Martin Quencez est chercheur et directeur adjoint du bureau parisien du German Marshall Fund of the United States.
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Le « trumpisme » en politique étrangère : vision et pratique
Pologne/Allemagne : quelle coopération dans une Europe « à deux vitesses » ?
Les relations entre la Pologne et l’Allemagne, dégradées depuis octobre 2015, ont pris un nouveau départ au début de l’année 2017. Le pragmatisme d’Angela Merkel, et de nombreux contacts avec les dirigeants polonais, ont permis de renouer le dialogue. Toutefois, les différends persistent et affectent les relations entre les deux pays. En Pologne, la nomination d’un nouveau Premier ministre et le remaniement du gouvernement pourraient avoir pour objectif d’apaiser la situation.
Comment réduire la durée des interventions militaires ? Le concept de bridging operation
Au cours des deux dernières décennies, les armées françaises sont intervenues à de multiples reprises pour tenter de rétablir la stabilité dans des pays en crise. Certaines de ces opérations de stabilisation ont duré plus de dix ans. Le concept de bridging operation a émergé pour tenter de réduire la durée et le coût de telles interventions. L’objectif est de créer rapidement les conditions permettant de transmettre le relais à une force multinationale.
Stratégie et liberté d’action
Préserver, accroître sa liberté de décider et de faire : c’est le cœur de la stratégie, art de l’agir. Les degrés de liberté d’action constituent une véritable monnaie stratégique, qui se réduit ou croît au fil de la relation avec l’adversaire. Cette monnaie doit être dépensée, l’abstention diminuant la capacité à agir ; mais elle n’existe que par les moyens concrets dont dispose le stratège. Cette liberté d’action est centrale à tous niveaux des stratégies, et pour toutes les stratégies.
Nouvelles liaisons ferroviaires chinoises : une entreprise stratégique
Depuis 2011, le fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe s’est rapidement développé, et a connu une relance spectaculaire avec le projet Belt and Road Initiative. On assiste aujourd’hui à une rapide expansion des volumes, des services proposés, le tout accompagné par la définition et la mise en œuvre de nouvelles infrastructures ferroviaires, en Russie, en Chine, vers l’Asie du Sud-Est, l’Iran ou le Pakistan. Ce développement, qui doit être nuancé, constitue-t-il un outil stratégique pour la Chine ?