Révolution numérique et transformation de l'action publique
Les nouvelles technologies peuvent contribuer à améliorer l’efficacité des politiques publiques. Le mouvement d’ouverture des données (open data) rend les administrations moins opaques et permet de lutter contre la corruption. L’exploitation de ces données – dans le cadre de partenariats public-privé – peut aider les décideurs à optimiser l’allocation des ressources publiques et faire les bons choix. La numérisation permet d’alléger certaines procédures et de faciliter la vie des citoyens.
Le papier symbolise traditionnellement le pouvoir de la bureaucratie. Dans Le Château, Franz Kafka déplore que les organisations bureaucratiques exercent « la tyrannie du papier ». En effet, la plupart de nos transactions quotidiennes sont minutieusement répertoriées dans des registres. Les informations couchées sur le papier constituent une véritable mine d’or, jalousement gardée par les administrations, rassemblant des données qui concernent tous les aspects de nos vies, de nos sociétés et de nos systèmes économiques. Une des fonctions essentielles de nos institutions bureaucratiques est de certifier l’authenticité des informations officielles.
Les gouvernements qui engagent des réformes en faveur de la transformation numérique ont pour objectif de se débarrasser du papier. Depuis janvier 2019, l’Argentine a opté pour un gouvernement entièrement numérique, en dématérialisant ses procédures administratives, en introduisant la notion d’identité numérique, et en élargissant son offre de services en ligne. Ces réformes visent à simplifier et à accélérer les procédures administratives en augmentant leur fiabilité. La production de données et d’informations alimentant la machine gouvernementale est un effet secondaire de l’automatisation des procédures administratives et de la numérisation des archives publiques. Au Chili, le nouveau gouvernement de Sebastián Piñera s’est engagé à passer au tout-numérique avant la fin 2019.
En optant pour le numérique, les gouvernements peuvent améliorer la transparence et l’efficacité de bureaucraties pléthoriques datant souvent d’une autre époque. Dans le monde entier, les dirigeants qui préconisent des réformes ont su apprécier la manière dont les technologies peuvent permettre de simplifier l’administration. Ils apprennent également à tirer parti des innovations reposant sur les technologies et les données, dans le but d’enrayer la corruption en allégeant les tracasseries administratives et en éclairant les zones d’ombre où prospère la corruption. Pour Louis Brandeis (1856-1941), ancien juge à la Cour suprême des États-Unis, « la lumière du soleil serait le meilleur des désinfectants »…
En Amérique latine, la classe moyenne – une classe en croissance, plus jeune, plus urbaine, et de plus en plus technophile – est désormais en mesure de faire la lumière sur des faits de corruption. Elle exige une meilleure allocation des ressources ainsi qu’une amélioration des services. […]
PLAN
- Ouverture et publication des données
- Alléger les formalités administratives
- Transformer l’administration et accélérer l’innovation
Carlos Santiso, titulaire d’un doctorat en économie politique de l’université Johns Hopkins et de maîtrises en politiques publiques de Sciences-Po Paris et de l’université de Columbia, dirige la Direction de la transformation numérique de l’État de la Banque de développement de l’Amérique latine.
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