Brésil : la politique étrangère de Jair Bolsonaro
Fin 2018, les Brésiliens ont élu un nouveau président : Jair Bolsonaro. Ce dernier entend rompre avec la politique de ses prédécesseurs, notamment dans le domaine des relations extérieures. L’axe principal de sa diplomatie est un rapprochement avec Washington. Sur plusieurs sujets, Bolsonaro s’aligne sur les positions de Donald Trump. Mais le Brésil n’a pas la puissance des États-Unis et prendrait des risques importants en se lançant dans un bras de fer avec la Chine ou le monde musulman.
Quelques mois après son arrivée au pouvoir en octobre 2018, Jair Bolsonaro (Parti social libéral – PSL), se démarque déjà de ses prédécesseurs en matière de politique étrangère. Bolsonaro a en effet construit son identité politique sur un discours prônant un changement radical par rapport au Parti des travailleurs (PT) qui a gouverné de 2003 à 2014. La principale caractéristique de l’orientation de la diplomatie de Bolsonaro est un rapprochement vis-à-vis des États-Unis, ce qui ne manque pas d’avoir un impact direct sur différents dossiers extérieurs. Alors que la position indépendante du Brésil sur des thèmes clés de l’agenda international constituait un des grands atouts de sa diplomatie, l’alignement sur la vision politique de l’Amérique de Donald Trump l’éloigne de sa tradition diplomatique. Cette perte d’indépendance risque de rogner la marge de manœuvre du Brésil vis-à-vis de ses partenaires, voire de porter atteinte à sa stature sur la scène internationale.
Un alignement sur les États-Unis de Donald Trump
Après l’annonce de sa victoire, Bolsonaro a proclamé qu’il allait libérer le ministère des Relations extérieures (MRE) du biais idéologique auquel il avait été assujetti sous les gouvernements de la gauche « pétéiste », et renforcer les relations du Brésil avec les pays développés, en particulier les États-Unis.
La politique étrangère du nouveau président est ainsi guidée par la volonté de donner la priorité aux relations avec Washington, et de présenter le Brésil comme l’allié des États-Unis en Amérique du Sud. Bolsonaro a choisi comme ministre des Relations extérieures Ernesto Araújo, lequel a autrefois dirigé son Département pour les États-Unis, le Canada et les Affaires interaméricaines. En mars 2019, pour son premier déplacement international, il s’est rendu aux États-Unis, et non pas en Argentine comme c’est d’ordinaire le cas. Jusqu’alors, le Brésil avait su garder une relation plutôt stable avec Washington, tout en maintenant une certaine distance.
Pour Araújo, le « ciel sera la limite » des relations bilatérales entre le Brésil et les États-Unis sous le gouvernement Bolsonaro. Il évoque un « saut qualitatif » dans ces relations : « Pour la première fois depuis plusieurs générations, probablement depuis le baron du Rio Branco, la grande époque où le Brésil a rêvé d’avoir une relation spéciale, une alliance, avec les États-Unis, nous avons l’opportunité de construire une relation à partir d’une vision commune du monde. » […]
PLAN
- Un alignement sur les États-Unis de Donald Trump
- L’intégration sud-américaine en question
- Cuba et le Venezuela
- Israël
- L’ONU et le multilatéralisme
- Changement climatique
- Immigration - Les relations sino-brésiliennes
Mathilde Chatin est docteur en relations internationales du King’s College de Londres. Elle a été chercheur au BRICS Policy Center à Rio de Janeiro et au département de relations internationales de l’université de São Paulo au Brésil.
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