L’après-poutinisme en Russie : une succession ouverte ?
Un débat semble s’ouvrir, y compris dans les cercles du pouvoir, sur l’après-Poutine. S’agit-il de maintenir, au-delà de l’actuel président, un État au fonctionnement spécifique par rapport aux normes occidentales ? Le projet purement politique n’est pas seul en cause, tant la dégradation économique et le mécontentement de la population pourraient s’imposer aux dirigeants. L’avenir du régime dépendra largement des choix économiques du gouvernement, de leur succès ou de leur échec.
Depuis février 2019, la Russie vit dans la presse un débat inédit sur « le problème de 2024 » – date des présidentielles qui devraient normalement mettre fin aux mandats de Vladimir Poutine. Plusieurs articles ont provoqué une vraie agitation parmi hommes politiques et experts. Et à en juger pas leurs échos dans les réseaux sociaux, ils ont suscité un grand intérêt dans la société russe elle-même.
Le débat a été lancé par Vladislav Sourkov, conseiller du président, et à l’origine du concept d’une démocratie « souveraine » et « gouvernée ». Il a publié le 11 février 2019 dans la Nezavisimaya Gazeta, journal réputé libéral mais de plus en plus proche des vues du Kremlin : « Le long État de Poutine. » Ce texte s’inscrivait dans la suite d’une autre publication – « La solitude d’une métisse » –, parue en avril 2018 dans la revue La Russie dans la politique mondiale, où il affirmait que la Russie, « ni d’Europe, ni d’Asie », était condamnée à « une solitude géopolitique ». Il ne s’agissait pas encore du « problème de 2024 » …
Pour l’essentiel, le nouvel article constituait une apologie du « système Poutine », éclairant certaines conceptions du poutinisme et de ses perspectives. Pour Vladislav Sourkov, la démocratie occidentale « n’est qu’une illusion de choix », qui cache « un État profond » : le pouvoir des services spéciaux et d’autres « acteurs de l’ombre » qui tirent en coulisse les ficelles du jeu politique, tout en préservant des apparences démocratiques. D’où la conclusion qu’en Occident coexistent « État profond » et « État apparent ».
Par opposition, la Russie de Vladimir Poutine a, selon Sourkov, le mérite d’avoir rejeté cette « illusion de choix » et donc ce dualisme d’État. Elle arbore donc clairement un État sous sa forme « pure », brutale, qui fonctionne sans ambages et en toute tranquillité. Ce type d’État serait nouveau, créé par Vladimir Poutine ; il aurait d’ores et déjà prouvé sa vitalité et son efficacité, bien que n’en étant qu’au début de son existence. « La grande machine politique de Vladimir Poutine n’en est qu’à prendre son élan, et se prépare à un travail difficile mais passionnant. »
La singularité de la « machine » consiste, d’une part à réunir l’essentiel du pouvoir dans la fonction présidentielle, d’autre part à s’appuyer sur un « peuple profond » russe qui vit sa propre vie, quelque peu mystérieuse, loin de celle des élites, et pratiquement ignorée des sociologues. Vladimir Poutine, lui, comprend ce peuple et cette vie mieux que quiconque, ce qui explique sa longévité politique. […]
Vladimir Tchernega est chercheur principal à l’Institut de l’information en matière de sciences sociales de l’Académie des sciences de Russie (INION RAN). Politologue et ancien diplomate russe, de 1998 à 2013, il a été responsable des programmes de coopération avec les pays post-soviétiques au Conseil de l’Europe.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L’après-poutinisme en Russie : une succession ouverte ?
Djihad et vidéos de propagande : le cas Boko Haram
Faute de pouvoir accéder à des zones de guerre, nombre de chercheurs étudient les mouvements insurrectionnels ou terroristes à travers le prisme des vidéos de propagande. L’exemple de Boko Haram illustre les limites d’une telle méthode qui méconnaît les réalités du terrain et accorde trop de poids aux arguments de nature religieuse. La propagande veut donner à croire qu’il existe une Internationale djihadiste. Les dynamiques sociologiques à l’œuvre au Nigeria invitent à nuancer une telle vision.
Migrations : l’impasse européenne
La pression migratoire est une donnée destinée à perdurer pour l’espace européen. Des normes minimales communes ne pourraient être développées pour l’accueil des migrants que dans le cadre de l’UE. Les réticences des pays d’arrivée, comme celles des pays de départ, brident la mise en place d’un dispositif global. De plus, l’intransigeance des gouvernements populistes risque de conduire à la disparition pure et simple de toute entente européenne sur les phénomènes migratoires.
De la (nouvelle) guerre
Les dynamiques nouvelles d’affirmation de la puissance, de redistribution des influences et l’irruption des nouvelles technologies changent-elles à la fois la place de la guerre dans la vie ordinaire de nos sociétés et la manière de la faire quand elle advient ? L’obsession du conflit jointe à l’efficacité technique nous impose-t-elle un état de guerre larvée permanente ? Et quand les armes parlent, l’intervention des technologies modernes et des entreprises qui les produisent révolutionne-t-elle à la fois le processus de décision politique et l’engagement des hommes dans la guerre ? Questions essentielles que suggèrent les conflits d’Ukraine et du Moyen-Orient, et qui déterminent dès aujourd’hui les réflexions de stratégie et d’organisation des armées.
Le nucléaire militaire français dans un nouveau contexte stratégique
La population et les dirigeants français sont fermement attachés à la dissuasion nucléaire, même si des voix dissonantes se font occasionnellement entendre. Le contexte stratégique est toutefois en train d’évoluer et pourrait affecter la posture stratégique française. Entre les rodomontades de Vladimir Poutine, l’imprévisibilité de Donald Trump, et les difficultés propres à l’Europe – notamment le Brexit – les incertitudes sont aujourd’hui nombreuses et laissent ouvert le champ des possibles.