Les politiques européennes et le futur de l’euro
Les causes de la crise économique et financière qui a touché la zone euro en 2008-2009 ont été mal analysées. En conséquence, les remèdes adoptés se sont révélés contre-productifs. Les déficits publics se sont creusés et les divergences entre pays du sud et du nord de l’Europe se sont accentuées. Pour relancer la croissance de manière durable dans l’Union européenne, une plus grande solidarité entre États membres s’impose et une stratégie d’investissements publics doit être élaborée.
La zone euro et l’Union européenne vivent une crise profonde, la plus grave depuis le début de l’intégration européenne, voici 60 ans. Cette crise a plusieurs dimensions : croissance modeste, chômage élevé, flux migratoires importants, euroscepticisme diffus, menaces terroristes, tentations sécessionnistes… L’Europe est aussi fragile du fait de la divergence croissante entre les économies qui la composent : entre une majorité de pays qui ont nettement amélioré leurs performances et leur compétitivité, et les autres – en particulier au sud de l’Europe –, de plus en plus distancés et en difficulté. Tous ces éléments renforcent les mouvements politiques, très divers, qui ont en commun des solutions nationalistes et anti-européennes plus ou moins dures, au premier plan desquelles figure un retour aux monnaies nationales.
Dans les circonstances actuelles, la simple défense de ce qui existe ne suffit pas. Autrement dit, il faut relancer l’initiative européenne, surmonter les divisions internes et les égoïsmes nationaux, et apporter des réponses concrètes et efficaces aux besoins réels des citoyens européens.
En premier lieu, il faut sortir des politiques erratiques suivies ces dernières années. On a commencé à le faire, mais de façon partielle et insuffisante. La reprise économique en cours est positive, mais sa dynamique se révèle trop modeste pour contrebalancer les coûts économiques et sociaux élevés de longues années de crise, et pour faire face à la dette importante qui caractérise aujourd’hui la zone euro, en particulier les pays du sud européen. Il faut mettre en œuvre ce qui a fait défaut jusqu’ici : des politiques de la demande et d’investissement articulées dans un projet stratégique européen, centré sur l’économie et la croissance.
En parallèle et de manière complémentaire, le processus d’intégration doit être relancé. L’Union économique et monétaire (UEM) s’est renforcée ces dernières années, mais elle est loin d’être complète. Le processus s’est en quelque sorte arrêté à mi-chemin, et il faut le relancer à travers de profondes réformes, faute de quoi le soutien de la monnaie unique risque de s’avérer à moyen terme impossible. La création d’une capacité fiscale – même limitée – de la zone euro, et l’achèvement de l’union bancaire constituent deux passages obligés, fondamentaux, pour aller vers une meilleure intégration économique. […]
PLAN
- La crise de l’euro : erreurs de diagnostic et de thérapie
- Instruments de prévision et nouvelle gouvernance
- La deuxième récession : l’euro est sauf mais pas l’économie
- La reprise et les limites des politiques européennes
Paolo Guerrieri est professeur d’économie à l’université de Rome La Sapienza. Il a été professeur invité au Collège d’Europe à Bruges. En 2013, il a été élu sénateur, sous l'étiquette du Partito Democratico.
Cet article est traduit de l’italien par Dominique David.
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Les politiques européennes et le futur de l’euro
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