Quand l'Allemagne se réarme au bénéfice de son industrie... et au détriment de l'Europe et de la France
Berlin accroît encore ses dépenses militaires et vise un budget de défense de 183,7 milliards d’euros en 2030. Pourtant, cette manne reste largement captée par l’industrie allemande, au détriment d’une base industrielle européenne intégrée.
Depuis son élection, et malgré l'échec récent du projet d'avion franco-allemand SCAF, le chancelier allemand Friedrich Merz affiche invariablement une attitude pro-européenne en matière de défense. Lors du Conseil des ministres franco-allemand, qui s'est tenu le 17 juillet à Brühl, dans l'ouest de l'Allemagne, il a loué la dissuasion nucléaire européenne et annoncé sur X que « nous prendrons part dès cette année à un exercice nucléaire des forces armées françaises ». Quelques mois auparavant, à la Conférence sur la sécurité de Munich, à Davos ou au Bundestag, il célébrait la solidité européenne face à l'incertitude américaine, tout en souhaitant que les pays de l'UE investissent davantage dans leur défense et apprennent ensemble « le langage du pouvoir » pour être « en mesure de nous défendre afin de ne pas avoir à le faire ».
Dans le détail, le chancelier allemand reste cependant vague sur la construction d'une Europe de l'armement. Et ce, alors même que son gouvernement n'a jamais été aussi actif dans ce secteur. Pour faire de la Bundeswehr « l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe », le ministre de la Défense Boris Pistorius a ainsi présenté en avril 2026 un « concept global pour la défense militaire ». La feuille de route prévoit la « maximisation rapide » des capacités de défense conventionnelles d'ici à 2029, leur consolidation dans tous les domaines jusqu'en 2035, puis la transformation de la Bundeswehr en une armée « technologiquement supérieure » au-delà de 2039…
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L'arrivée du gouvernement Merz ouvre donc une nouvelle phase marquée par une « accélération de son réarmement conventionnel » et une « ambition de puissance » affirmée, analyse Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes à l'Institut français des relations internationales. Celui-ci estime que Berlin a adopté une attitude pragmatique et opportuniste.
Et Berlin n'a pas fini d'investir dans le développement de cette nouvelle base industrielle. Les projections budgétaires actuelles tablent sur un budget allemand de défense de plus de 180 milliards d'euros en 2030, soit environ 100 milliards d'euros de plus que le budget prévu par la France la même année.
Texte citation
La logique allemande actuelle, c'est “Germany First” : puisque nos alliés ne sont plus fiables, on va regarder par nous-mêmes comment se défendre en recherchant nos intérêts. Cela peut passer par des alliances avec les Français, notamment sur la dissuasion nucléaire avancée, mais aussi par des accords avec les Américains sur les questions de l'industrie de défense.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
Et Berlin n'a pas fini d'investir dans le développement de cette nouvelle base industrielle. Les projections budgétaires actuelles tablent sur un budget allemand de défense de plus de 180 milliards d'euros en 2030, soit environ 100 milliards d'euros de plus que le budget prévu par la France la même année.
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