La réforme du secteur de sécurité à l'ivoirienne
Si la situation sécuritaire en Côte d’Ivoire s’est grandement améliorée depuis 2011, des incidents ont toujours lieu ponctuellement et conservent un potentiel de déstabilisation qui justifie un effort continu de réforme du secteur de sécurité (RSS).
Le président Ouattara a fait preuve d’une grande volonté politique en soutenant la mise en œuvre d’un processus de RSS. Ce processus a avancé en dents de scie, mais la création d’un Conseil National de Sécurité (CNS), doté d’un secrétariat et la publication de « stratégies » donnant des objectifs définis à la réforme ont permis de la poursuivre sur la durée. Le système (imparfait) d’évaluation incite notamment l’ensemble des institutions du secteur concernées par les réformes à renforcer leurs efforts. A ce titre, on peut dire que la RSS à l’ivoirienne est un modèle d’appropriation. Le vote des lois de programmation « sécurité et défense » peuvent laisser présager une accélération du rythme des réformes, au cours du second mandat d’Alassane Ouattara, pour l’instant sur les segments les moins problématiques. Reste à améliorer les relations entre les différentes forces de sécurité et surtout à réformer l’armée pour réduire le rôle des comzones (ex-commandants de zone), qui existent toujours, même si les plus influents ont été en partie marginalisés. Il s’agit également de rendre l’armée plus représentative de la nation ivoirienne et à renforcer sa cohésion au sein de celle-ci. Cela étant, le choix d’Alain-Richard Donwahi, l’ancien secrétaire du CNS, comme nouveau ministre délégué à la Défense en Côte d’Ivoire, devrait faciliter la réforme de l’armée dans le sens voulu par le président et le CNS.
Comme ailleurs, la difficulté pour la Côte d’Ivoire consiste à réformer sans politiser les institutions de sécurité. C’est un vrai problème dans un pays où les trois derniers présidents sont arrivés au pouvoir dans un contexte de violence armée. Il est légitime de s’interroger dès à présent sur les moyens de dissuader les candidats à la succession d’Alassane Ouattara d’abandonner cette option. Un membre du GIGN cité au sein de cette Étude affirme : « la Côte d’Ivoire est plus violente que l’Irak ou l’Afghanistan car on ne sait jamais ce qui va se passer ». Tout semble calme, tranquille puis soudain, tout dégénère. Réussir à réformer le secteur de sécurité, c’est aussi rendre le pays plus prévisible. Tout le monde n’y a pas intérêt et l’enjeu est donc de transformer le jeu politique et de recomposer les forces armées, afin que tous soient contraints à une certaine forme de stabilité.
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La réforme du secteur de sécurité à l'ivoirienne
Ultima Ratio Regum : quelle puissance de feu pour les armées françaises ?
Alors que la Russie et l'Ukraine s'affrontent dans une guerre d'usure où missiles et drones pleuvent dans la profondeur stratégique de l'adversaire, l'Iran use de sa puissance de feu, appuyée par sa main mise sur le détroit d'Ormuz, pour assurer la survie du régime. Dès lors, l'enjeu d'un modèle de feu performant pour les armées françaises apparaît comme crucial dans la construction d'une défense européenne et nationale crédible à l'aune d'un retour de la guerre de haute intensité.
Comment les changements de l’opinion publique ont-ils influencé ou contraint les choix de politique étrangère dans votre pays ? Le cas français
En France, la politique étrangère fait partie de ce que l’on appelle le « domaine réservé » du président de la République. Depuis qu’il est entré en fonction, Emmanuel Macron n’a – à notre connaissance – jamais reconnu une quelconque influence de l’opinion publique sur sa politique étrangère.
Faire face à l'arsenal russe hypervéloce : défis et solutions pour l'Europe
Depuis février 2022, les frappes de missiles et de drones à longue portée russes contre l'Ukraine rappellent presque quotidiennement ce que les États européens pourraient affronter dans une guerre contre la Russie. Les mêmes systèmes d'armes qui frappent les infrastructures et les centres de population ukrainiens seraient dirigés contre des cibles militaires et civiles européennes dans toute confrontation entre la Russie et l'OTAN. À mesure que la production russe de missiles s'accélère et que son arsenal se diversifie, l'Europe doit se confronter à une question inconfortable : comment dissuader, et le cas échéant combattre, l'arsenal de frappe russe à longue portée ?
Identifier la menace terroriste avec lucidité et objectivité
Il y a 20 ans, en 2006, le gouvernement français a produit un Livre blanc sur la sécurité intérieure face au terrorisme. Un passage de ce document expliquait pourquoi la France rejetait le concept américain de « guerre globale contre le terrorisme », bien que des soldats français aient été déployés en Afghanistan dès 2001 au sein de la coalition menée par les Etats-Unis. La raison principale était juridique : qui dit guerre, dit législation d’exception. Mais elle était aussi stratégique : dans la mesure où des ressortissants de pays occidentaux rejoignent des groupes djihadistes, reconnaître un état de guerre pourrait conduire sur la pente glissante vers la guerre civile.