Le destin des chrétiens d'Orient
Observateur aigu de l'opinion française, Henri Heine notait, en 1840, que « tout Paris avait tressailli au son du canon de Beyrouth ». En mai et juin derniers, c'est une émotion analogue que les événements de Syrie, malgré tant d'autres soucis bien lourds, ont provoquée dans toute la France.
Notre diplomatie s'est efforcée, depuis lors, d'éclaircir la situation au Levant ; d'ores et déjà, un important accord franco-britannique a pu être réalisé ; néanmoins, cette profonde émotion n'a point complètement disparu. La défense d'intérêts français légitimes, en effet, n'est pas seule en jeu ; beaucoup de voix autorisées ont rappelé à la France qu'il s'agissait pour elle de l'accomplissement d'une mission sacrée, car sa présence dans le Levant a constamment été associée à la sauvegarde des chrétientés d'Orient.
C'est, en effet, en témoignage de cette oeuvre séculaire que fut confié à notre pays, au lendemain de la Première Guerre mondiale, le mandat sur la Syrie et le Liban. Pour tenter de discerner comment peut et doit, dans les difficiles circonstances présentes, continuer de s'exercer la vocation de la France au Levant, il ne suffirait donc pas de soumettre à la critique la tâche accomplie durant ces vingt années de mandat, si courtes, et parfois si gravement troublées. Il y aurait quelque danger à repenser rétrospectivement notre politique dans le seul cadre d'une formule dès l'origine provisoire et désormais dépassée. Au demeurant, cette enquête ne nous livrerait que les éléments les plus récents, les plus instables, d'un problème qui ne peut être dominé que dans son ensemble historique et social.
Si austère, si peu actuel que cet effort puisse paraître, il nous faut donc remonter jusqu'aux origines des sociétés chrétiennes du Levant. Le lent développement de leurs rapports avec l'Islam comme avec l'Occident peut seul nous faire comprendre combien est complexe leur actuel équilibre et de quels éléments contradictoires et indissolubles il est issu. Au terme de cet examen, nous apercevrons clairement les dangers de ces solutions simplistes, dont l'air de générosité ou de facilité abuse trop souvent ; mais peut-être discernerons-nous aussi, dans l'écheveau du réel, les quelques fils solides encore qui s'offrent au choix des politiques.
PLAN DE L'ARTICLE
- L'Islam primitif et les « sociétés séparées »
- Tolérance et mépris
- Le « système patriarcal » dans l'Empire ottoman
- Les interventions de l'Europe
- Droit commun et privilèges locaux
- Situation et psychologie du « raïa »
- Naissance d'une élite chrétienne
- Les chrétiens, champions du mouvement arabe
- Le dilemme chrétien : progrès ou tradition ?
- Contradictions de l'opinion chrétienne
- Arguments pour le « statu quo »
- L'heureuse expérience du Liban
- Perfectionnement de l'équilibre libanais
- De quelques solutions
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Le destin des chrétiens d'Orient
Les groupes chiites en Irak : enjeux nationaux et dimensions transnationales
Les milices chiites irakiennes se sont mobilisées rapidement après la déroute de l’armée irakienne face à Daech en 2014. Elles minimisent le rôle joué par les États-Unis dans les reculs actuels de l’organisation djihadiste. Elles entendent peser sur l’avenir de l’Irak, et investissent notamment le champ de l’éducation. Ces milices sont loin d’être unifiées. Si certaines ont des affiliations très claires avec l’Iran, d’autres entretiennent des relations plus distantes avec Téhéran.
L’Irak a-t-il jamais pu exister ?
Né de la décomposition de l’empire ottoman gérée par les impérialismes occidentaux, l’Irak, espace composite, a vu se succéder les régimes sans créer les bases psychologiques et politiques d’un État-nation. Les événements des deux dernières décennies n’ont fait, avec une lourde responsabilité occidentale, que creuser le fossé entre les communautés et les affiliations. L’Irak a-t-il jamais vraiment existé pour ses populations, et les conflits régionaux le laisseront-ils survivre ?
Irak, le laboratoire permanent
Si l’on s’en tient à l’adage anesthésiant qui voudrait que les peuples heureux n’aient pas d’histoire, les Irakiens partent d’emblée avec un lourd handicap. Ils forment en effet un peuple saturé d’histoire(s), depuis que la Mésopotamie a tenu lieu de décor aux premières sociétés humaines sophistiquées. La temporalité politique s’y affole, en outre, depuis 15 ans ; les velléités américaines de changer le destin du Moyen-Orient tout entier à partir de l’Irak ayant transformé le pays en laboratoire d’observation in vivo des transitions politiques et des recompositions sociales et communautaires (ethniques, religieuses) du monde arabe. Laboratoire déserté par ses laborantins, et où le protocole expérimental ne tient plus.
Liban : entre clientélisme régional et carcan national
En novembre 2017, les dirigeants saoudiens forcent le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à démissionner. Ils commettent ainsi une erreur d’appréciation aux conséquences importantes. Si Riyad espère une mise à l’écart politique du Hezbollah chiite par la communauté sunnite, ces agissements ont été dénoncés par la majorité des Libanais, toutes confessions confondues. Une retombée de cette action pourrait être le renforcement des courants pro-iraniens aux élections législatives de mai 2018.