Russie - [URSS] - Russie
De Nicolas II à Vladimir Poutine, la Russie est passée, au cours du XXᵉ siècle, par bien des métamorphoses. À l'empire tsariste d'avant la Première Guerre mondiale succède l'Union des républiques socialistes soviétiques, l'URSS, dont la vocation révolutionnaire internationaliste exprimée par Lénine cède à l'impérialisme soviétique, continental avec Staline, mondial avec Khrouchtchev et Brejnev. Devenue une superpuissance après 1945, la « patrie du socialisme » ne peut résister à l'éclatement de l'empire qu'annonce la chute du mur de Berlin, en 1989 : en 1991, la Russie renaît donc sur les débris de l'empire, et, avec elle, une nouvelle page de l'histoire russe s'ouvre devant les yeux inquiets du monde. Mais en dépit de ses spécificités et des tensions diverses qui l'ébranlent, entre Nord et Sud, Orient et Occident, christianisme et islam, la Russie fédérale entend bien s'intégrer enfin dans la communauté des grands États et cesser d'être considérée comme un acteur à part des relations internationales.
Le 21 décembre 1900, pour rassembler et diriger le mouvement révolutionnaire russe, alors en pleine expansion, Lénine lance à Leipzig le premier numéro de l'Étincelle (Iskra) - organe de combat précurseur du parti communiste. Dans la pensée internationale et révolutionnaire de son géniteur, cette Etincelle russe doit embraser le monde. Mais cet embrasement n'a pas lieu : il se limite à la Russie tsariste qui, en quelques années, devient une véritable marmite révolutionnaire. Celle-ci provoque en 1917, à la faveur de la Première Guerre mondiale, l'effondrement sanglant du seul empire tsariste et la disparition de la Russie. Sur leurs décombres, Lénine construit une entité politique nouvelle - ni un pays, ni une nation - qui devient, le 30 décembre 1922, l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), peuplée de citoyens soviétiques, un statut qui l'emporte sur la nationalité de chacun. Très vite, le « pays des soviets » acquiert un rayonnement et une puissance de véritable empire qui vont tenir une place essentielle dans l'histoire du XXe siècle.
Devenue une superpuissance globale à l'ère brejnévienne, seule rivale des États-Unis, l'URSS ne sait pas que ses jours sont comptés. En 1989, à sa périphérie, des morceaux se détachent de l'empire sous la pression de la rue. Les pays de l'Europe centrale et orientale quittent le pacte de Varsovie et le bloc soviétique, cette fois sans trop d'effusion de sang. Puis en 1990-1991, comme dans un jeu de dominos, c'est au tour des républiques de l'URSS de revendiquer leur indépendance. La Russie, elle aussi, veut exister. En quête d'une identité propre, et conduite par Boris Eltsine, elle va précipiter la chute de l'empire soviétique et se retrouver, pour la seconde fois au cours du siècle, face à un nouveau destin. Mais c'est maintenant celui d'un pays plus petit, ramené aux dimensions de la Russie d'avant les Romanov (1612), celui d'une nation russe trop longtemps escamotée et qui prétend se placer enfin sous le signe de la civilisation et non plus de la puissance.
Dans notre perspective, s'interroger sur la nature des relations internationales de la Russie au cours du XXe siècle, c'est tenter de répondre au moins à deux préoccupations essentielles : l'URSS a-t-elle été un acteur à part dans les relations internationales ? Qu'est-ce qui l'a différencié de n'importe quel autre empire, en particulier de l'empire tsariste dont elle a été l'héritière ? Et la Russie actuelle va-t-elle devenir un pays normal, sans rêve impérial ? [...]
PLAN DE L’ARTICLE
- Une fin d'empire d'un autre siècle
- L'empire soviétique : un empire particulier ?
- Le pays de la révolution
- La forteresse soviétique - la révolution dans un seul pays
- La superpuissance
- La Russie : un pays normal ?
- Le cas russe
- Un pays normal
Anita Tiraspolsky est maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) et chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
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