« Glaives de fer ». Une analyse militaire de la guerre d’Israël à Gaza
Le 7 octobre 2023, l’attaque du Hamas baptisée « Déluge d’al-Aqsa » a provoqué un choc majeur et a conduit Israël à déclencher la guerre la plus longue de son histoire. L’opération « Glaives de fer » se distingue par son intensité inédite, tant par l’engagement de forces terrestres massives que par la puissance de feu déployée.
Cette étude adopte une démarche de retour d’expérience (RETEX) qui consiste à analyser sous le prisme militaire les choix stratégiques et tactiques faits par les Forces de défense israéliennes (FDI) et leurs résultats, sans juger de leur légitimité morale ou politique. Cette approche permet de comprendre la rationalité militaire de cette opération tout en éclairant les impasses stratégiques.
Avant l’opération « Déluge d’al-Aqsa », Israël avait développé une stratégie de « bunkerisation » fondée sur le blocus terrestre, aérien et maritime de Gaza. Depuis le retrait de l’enclave en 2005, les opérations israéliennes alternaient frappes aériennes et incursions ponctuelles, sans parvenir à éradiquer le Hamas. La construction débutée en 2014 puis la modernisation en 2021 de la barrière de sécurité entourant la bande de Gaza ont renforcé ce sentiment de sécurité pour les FDI, nourri par leur confiance dans leur supériorité technologique.
La culture stratégique israélienne, marquée par l’idée d’une menace existentielle, privilégiait historiquement une approche offensive prenant la forme d’attaques préventives. Toutefois, elle a glissé vers une posture défensive, misant sur l’utilisation de l’arme aérienne dans des campagnes de bombardement ciblé et non de l’offensive terrestre.
Les FDI, organisées autour d’un noyau professionnel restreint et d’une réserve massive, constituent une armée puissante et innovante mais limitée en endurance. Face à elles, le Hamas a consolidé sa branche armée et s’est imposé comme un acteur hybride, combinant actions militaires et objectifs politiques. L’attaque du 7 octobre a profité d’un contexte politique israélien profondément divisé par la crise de la réforme judiciaire, détournant l’attention de Gaza.
L’opération « Déluge d’al-Aqsa » est un succès tactique du fait de sa vitesse d’exécution. Au matin du 7 octobre 2023, près de 3 800 commandos du Hamas ont percé quasi simultanément la frontière en plus de soixante points, utilisant des moyens aussi divers que rudimentaires tels que des pick-ups, des motos, des parapentes et des embarcations. Ils ont neutralisé capteurs et communications avec des drones et des bulldozers, attaqué des bases et des localités israéliennes, et capturé 251 Israéliens, détenus comme otages dans la bande de Gaza.
La riposte israélienne sous la forme de l’opération « Glaives de fer » s’est ensuite déployée en plusieurs phases : mobilisation générale, conquête de Gaza-Nord, offensive sur Khan Younès puis prise de Rafah. Cette progression méthodique du nord vers le sud s’est appuyée sur des frappes aériennes massives et des bombardements intenses, causant une létalité et des destructions d’une ampleur sans précédent.
Analysée au prisme des « facteurs de supériorité opérationnelle » de la doctrine française, Israël a montré une grande agilité tactique et une capacité de mobiliser sa population rapidement.
Cependant, ses faiblesses sont apparues dans son absence de compréhension du Hamas, dans son endurance limitée et dans la dégradation de son image à l’international du fait de ses violations répétées du droit international. L’isolement diplomatique et les accusations croissantes de crimes de guerre et de génocide, portées notamment par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à l’été 2025, soulignent le coût stratégique de la campagne.
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