Les think tanks chinois : ambitions et contradictions
Depuis l’arrivée de Xi Jinping à la tête de la Chine, le nombre de think tanks chinois a substantiellement augmenté. Ces organismes sont incités à s’ouvrir à l’international afin de recueillir des analyses étrangères et de promouvoir les concepts officiels chinois. Les chercheurs sont contraints de travailler sur des sujets utiles au Parti. Ils font également l’objet d’un contrôle politique plus strict qui pourrait nuire, à terme, à leur crédibilité internationale.
Le paysage des think tanks chinois est relativement ancien : les premières structures ont été créées par Deng Xiaoping au lendemain de la Révolution culturelle, alors que le pays manquait cruellement d’expertise et que les think tanks étaient amenés à jouer un rôle clé dans l’ouverture économique de la Chine et le développement de sa politique étrangère. Depuis 2013, le gouvernement chinois appelle à renforcer les capacités d’analyse et de recommandation des think tanks, afin de faire face aux défis de plus en plus nombreux auxquels est confronté le pays (économiques, politiques, environnementaux, sécuritaires, etc.). Plusieurs études chinoises publiées en 2013 et 2014 ont notamment souligné les difficultés des think tanks nationaux à répondre à la demande croissante d’expertise alors que l’environnement intérieur et extérieur était particulièrement changeant, en dépit du grand nombre de chercheurs de qualité que compte la Chine, et du fait qu’elle est aujourd’hui le pays qui compte le plus de think tanks au monde après les États-Unis.
En avril 2013, un mois après sa nomination à la présidence de la Chine, Xi Jinping appelait à la « création d’un nouveau type de think tanks aux caractéristiques chinoises ». Depuis, le paysage des think tanks chinois est en pleine restructuration. Celle-ci se manifeste sur le terrain par l’apparition de nouveaux think tanks, mais aussi par l’évolution des missions et des méthodes de travail des organismes existants. Les think tanks chinois continuent à assurer leurs missions traditionnelles (recherche, renseignement, communication nationale et internationale) sous la tutelle du Parti communiste, des ministères ou encore de l’Armée populaire de libération. Ils continuent d’alimenter le processus de décision, via la participation à des « consultations d’experts » et la production de rapports internes.
Parallèlement, le gouvernement chinois a appelé les think tanks à accélérer leur internationalisation d’ici 2020. Mais cet objectif d’internationalisation, et la réforme dans son ensemble, se heurtent à d’autres mesures politiques, comme le recadrage idéologique du monde de la recherche.
L’internationalisation accélérée des think tanks chinois
En janvier 2015, le Parti communiste chinois a annoncé l’objectif de développer d’ici 2020 entre 50 et 100 think tanks chinois de « premier plan », compétitifs à l’international. Le Parti appelle notamment au développement des think tanks spécialisés sur les questions stratégiques et les politiques publiques. Il incite par ailleurs au recrutement d’experts étrangers au sein de structures chinoises, à l’ouverture de branches de think tanks chinois à l’étranger, et plus largement au renforcement de la coopération internationale. […]
PLAN
- L’internationalisation accélérée des think tanks chinois
- Renforcement de la mission de diplomatie publique
- Brainstorming international - Des think tanks et chercheurs davantage sous contrôle
- « Au service du Parti »
- Réduction du champ de recherche et d’analyse
Alice Ekman est chercheur, responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri.
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Les think tanks chinois : ambitions et contradictions
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