Arctique : le passage du Nord-Ouest sous tension
Avec la fonte de la banquise arctique s’est développé un discours médiatique et scientifique sur l’intérêt stratégique du passage du Nord-Ouest. La question du statut des eaux du passage du Nord-Ouest pose celle de l’inclusion ou non de ce détroit dans l’espace maritime souverain du Canada. Les relations entre États demeurent cordiales sur le sujet, et il n’y a pas de litige fort entre le Canada et d’autres pays à propos de la souveraineté sur cette route arctique.
Le statut des eaux du passage du Nord-Ouest pose la question de la souveraineté que revendique le Canada sur ce détroit maritime, avec l’inclusion dudit passage dans son espace maritime souverain. Cette question est donc fort différente de celle qui concerne les droits sur les espaces maritimes des zones économiques exclusives, ou sur les plateaux continentaux étendus au cœur de l’océan Arctique : ces zones offrent à l’État côtier le contrôle des ressources économiques sur de vastes étendues au-delà des eaux territoriales, mais ne sont pas soumises à la pleine souveraineté de l’État, à la différence des eaux intérieures – statut revendiqué par le Canada pour celles qui baignent l’archipel arctique canadien. Ce passage est-il un détroit international ouvert au transit de tout navire selon les normes du passage inoffensif, ou les détroits qui le constituent font-ils partie des eaux intérieures canadiennes, soumises à sa pleine et entière souveraineté ?
Le Premier ministre canadien Stephen Harper précisait en août 2010 : « La priorité numéro un, c’est la protection et la promotion de la souveraineté du Canada dans notre Grand Nord. » Or la fonte accélérée de la banquise arctique laisse imaginer sa disparition en été d’ici 15 à 60 ans – elle se reformera toujours en hiver. Avec ces changements climatiques majeurs dans la région, s’est développé un abondant discours médiatique et scientifique sur l’intérêt stratégique potentiel du passage du Nord-Ouest : son ouverture bouleverserait les stratégies arctiques des États, en dégageant des routes maritimes nettement plus courtes. Les médias font régulièrement état des jeux de puissance qui se mettent en place autour de l’Arctique. Plusieurs observateurs brodent sur une « bataille pour le Grand Nord », sur une « nouvelle guerre froide », voire sur une « folle course armée » entre pays riverains de l’océan Arctique pour le contrôle de ses richesses. De tels scénarios-catastrophes sont peu crédibles : les enjeux économiques dans la région sont relativement modestes (routes maritimes peu propices au transit, ressources naturelles certes bien réelles mais coûteuses à exploiter et en quantités non impressionnantes), et il n’est dans ce domaine aucune rivalité qu’une bonne négociation ne puisse apaiser, en témoigne le traité russo-norvégien de 2010 en mer de Barents.
PLAN
- La revendication canadienne : un souci pour les États-Unis
- Un enjeu qui longtemps n’a intéressé que le Canada et les États-Unis
- Les États-Unis s’intéressent peu à l’aspect commercial du passage du Nord-Ouest - Un rapprochement avorté entre Canada et Russie
- L’entrée en scène de l’UE : préserver des intérêts commerciaux ou politiques ?
- Une politique arctique de l’UE mal accueillie par les États de la région
- Une politique arctique plus affirmée pour certains États européens ?
- Un débat devenu mondial avec l’affirmation arctique des pays asiatiques
Frédéric Lasserre est directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques (CQEG).
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