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Brexit : une certaine idée de l’Europe

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Politique étrangère, vol. 82, n° 2, été 2017
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Le résultat du référendum de juin 2016 relève d’explications connues, touchant à l’évolution de la société britannique et à ses débats politiques particuliers. Il renvoie surtout à une divergence fondamentale sur la nature et l’objectif de la construction européenne. Le Royaume-Uni n’a pas été le mauvais élève de la classe européenne trop souvent décrit. Mais son héritage et sa culture lui font préférer l’idée d’une Europe où la souveraineté resterait le privilège des États.

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Le résultat du référendum du 23 juin 2016 sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne semble sans appel. Avec une participation de 72 %, 52 % des votants se sont prononcés pour cette sortie (Leave), 48 % pour le maintien (Remain) dans l’Union. Mais le vote a aussi montré un royaume désuni, redécouvrant une organisation constitutionnelle vieille de 400 ans. Londres, l’Écosse et l’Irlande du Nord ont massivement voté pour le maintien, le reste du Royaume-Uni pour la sortie.


On se propose d’examiner ici les raisons pour lesquelles le camp du Remain a échoué, les forces de long terme à l’œuvre, et les questions constitutionnelles fondamentales que pose le vote du 23 juin, avec leurs conséquences pour l’Europe.


L’échec du Remain


Le jour du référendum, chaque camp a cru successivement avoir gagné. Quand Cameron lance la campagne en février, il a toute raison de penser la victoire acquise. Le Remain recueille 60 % des intentions de vote. Cameron a remporté deux élections législatives (general elections), ainsi que le référendum de 2014 sur l’indépendance de l’Écosse. Il a à sa disposition l’appareil de Downing Street, Whitehall, le Cabinet et les Junior Ministers. La plupart des membres du Parti conservateur sont pour le maintien, ou hésitent à se prononcer franchement pour la sortie. Le Remain est soutenu par l’Union européenne (UE), la Confédération de l’industrie britannique (Confederation of British Industries, CBI), les hauts fonctionnaires et les chefs des gouvernements étrangers ; le camp du Remain a accès à une grande quantité de données électorales, à des financements importants et aux meilleures ressources en matière de communication. Quant à l’économie, elle est florissante...


L’accord avec l’UE que Cameron présente aux électeurs semble acceptable : le Royaume-Uni se maintient dans l’UE, hors de la monnaie unique. Si l’image de l’UE dans le pays est bien moins positive qu’elle n’était lors du premier référendum de 1975, elle n’est pas meilleure dans d’autres États membres. En somme, le Premier ministre pense pouvoir faire ­accepter le marché à l’opinion, et se dispose à suivre le conseil du Civil Service (la haute fonction publique britannique) d’accepter l’offre de l’UE.


Il est convenu que le Royaume-Uni ne s’opposera pas à l’approfondissement de l’union monétaire. Si 16 parlements nationaux refusent un projet d’acte législatif de l’UE, les autres États membres du Conseil pourront toujours se saisir de la question. Quelques concessions mineures ont été accordées sur l’accès des immigrés européens à l’aide sociale britannique. Mais aucune concession n’a été faite sur l’immigration elle-même : Paris et Berlin ont insisté sur la liberté de circulation comme principe fondateur et inviolable de l’Union. […]


PLAN

  • L’échec du Remain
  • Trois forces à l’œuvre
  • Un partenaire embarrassant
  • Deux idées de l’Europe


Jonathan Story est professeur émérite d’économie politique internationale à l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD) à Fontainebleau.

Cet article est traduit de l’anglais par Cécile Tarpinian.

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Brexit : une certaine idée de l’Europe

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Jonathan STORY, « Brexit : une certaine idée de l’Europe », Politique étrangère, Articles, Ifri, 21 juin 2017.
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