Comprendre les rivalités arctiques
Avec le réchauffement climatique, de nouvelles perspectives s’ouvrent pour l’Arctique. Des opportunités apparaissent dans le domaine du transport maritime et de l’exploitation des ressources naturelles. Si des différends territoriaux persistent dans la zone, nul acteur n’a intérêt à ce que les tensions dégénèrent. La stabilité de la région est en effet essentielle à son développement économique. Les tensions entre la Russie et les États arctiques membres de l’OTAN devraient donc être contenues.
Le réchauffement climatique modifie progressivement la donne dans l’Arctique. Après être restée en marge de la politique mondiale pendant des siècles, cette région fut brièvement propulsée au-devant de la scène durant la Seconde Guerre mondiale puis durant la guerre froide – ceci notamment parce que des bâtiments équipés d’armes nucléaires y opéraient. L’Arctique glissa de nouveau à la marge des raisonnements stratégiques à la fin de la guerre froide. Aujourd’hui, l’intérêt que suscite cette zone repose non seulement sur des facteurs géostratégiques et militaires, mais aussi et de plus en plus, sur son potentiel en termes de ressources naturelles, et son rôle dans le développement du commerce international.
En outre, l’Arctique est un espace de tensions, avec des différends liés d’une part à la souveraineté sur les Zones économiques exclusives (ZEE) et les plateaux continentaux étendus, et d’autre part au statut juridique des passages du Nord-Est et du Nord-Ouest. Ces différends déboucheront-ils sur de vrais conflits, ou la coopération et une « concurrence amicale » prendront-elles le dessus ? Cette question est devenue d’autant plus pertinente avec le débordement de la crise ukrainienne vers l’Arctique en 2014, et en particulier le déclenchement de sanctions occidentales sur l’extraction russe de pétrole et de gaz dans les fonds marins arctiques.
La sécurité de l’Arctique en question
Si conflit en Arctique il devait y avoir, le plus probable serait qu’il oppose la Russie aux pays occidentaux. En effet, à l’exception de la Russie, tous les États de la zone sont membres de l’OTAN. Il faut aussi mentionner le cas de la Chine, qui n’est pas un État arctique mais qui s’intéresse de près à la région. Sa présence est toutefois insuffisante pour que les dirigeants chinois envisagent de s’y engager dans une confrontation armée. Un conflit entre la Russie et l’Occident dans l’Arctique est-il vraisemblable ? On ne peut répondre à cette question qu’en examinant les intérêts de la Russie et des membres arctiques de l’OTAN.
Les intérêts russes dans l’Arctique
La côte arctique russe représente environ la moitié du pourtour de l’océan Arctique, et sa flotte de brise-glaces nucléaires offre à la Russie un accès inégalé à la région. Toutefois, la Russie est également la plus vulnérable des puissances arctiques. Parmi les « cinq de l’Arctique » (Russie, États-Unis, Canada, Danemark et Norvège), la Russie est le seul pays qui n’appartient pas à l’OTAN. […]
PLAN
- La sécurité de l’Arctique en question
- Les intérêts russes dans l’Arctique
- L’Arctique : une exception sécuritaire ? - Questions de souveraineté, enjeux économiques et intérêts externes
- Les passages du Nord-Est et du Nord-Ouest
- Les enjeux économiques de l’Arctique
Mikkel Runge Olesen, docteur en science politique de l’université de Copenhague, est chercheur à l’Institut danois d’études internationales (DIIS).
L’article est traduit de l’anglais par Sophie Fabre.
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Comprendre les rivalités arctiques
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