Kosovo, l'État entravé
Le dialogue entre la Serbie et le Kosovo animé par Bruxelles ne laisse entrevoir aucune solution durable, au-delà d’ajustements de court terme. La politique d’élargissement de l’Union européenne, peu crédible et manquant de cohésion entre les membres mêmes, ne joue plus son rôle d’accélérateur pour le règlement des crises. De nouveaux choix politiques s’imposent aux Européens dans un nouveau cadre géopolitique, alors que la Russie renforce son emprise sur le « monde serbe ».
Le problème de la contestation de l’État du Kosovo occupe Bruxelles depuis désormais plus de dix ans. Dans le nouveau contexte géopolitique forgé par la guerre russe en Ukraine, il apparaît plus urgent que jamais d’avancer sur cette question. L’enjeu dépasse la simple résolution d’un désaccord bilatéral sensible et devenu préjudiciable pour l’ensemble de la région. Il s’agit également pour l’Union européenne (UE) d’une quête d’autonomie stratégique, qui ne pourra aboutir qu’à travers une plus grande convergence sur ces questions.
Le 17 février 2008, il y a presque quinze ans, le Kosovo déclarait formellement son indépendance. Aussitôt reconnu par la plupart des pays du monde occidental, dont bien évidemment la France, le plus jeune État d’Europe avait déjà affronté de nombreuses difficultés. Une décennie plus tôt, le Kosovo avait été saigné à blanc par une guerre totale menée depuis Belgrade par le régime criminel de Slobodan Milošević. Le pays, qui avait désespérément besoin de se reconstruire, avait ensuite reçu un soutien décisif de la part de l’UE et de la communauté internationale, et avait engagé, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU), des négociations avec la Serbie afin de régler la question de son statut international (ce que l’on a alors appelé les négociations de Vienne). En vain. Soutenue par la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, la Serbie s’est opposée à la proposition qui aurait pu mettre fin au désaccord avec le Kosovo, arguant que l’ancienne province autonome de la République fédérale de Yougoslavie ferait pour toujours partie du territoire serbe.
Suite à la déclaration d’indépendance du Kosovo de 2008, l’UE a pris la tête du processus de négociation afin de faciliter les discussions entre Belgrade et Pristina. Toutefois, après plus de dix ans de négociations arbitrées par Bruxelles et vingt ans de promesses d’adhésion à l’UE, la contestation serbe de l’État du Kosovo n’a pas reculé. […]
PLAN
- Le dialogue Belgrade-Pristina : une impasse
- Le Kosovo, entre ambitions fluctuantes et manque de préparation
- Défiance serbe et intérêt minime à résoudre le problème
- La porte d’entrée de la Russie dans les Balkans
- La politique d’adhésion de l’UE n’est pas une panacée
- L’alignement sur le statut du Kosovo : une question d’autonomie stratégique européenne
Florent Marciacq, docteur en science politique, est secrétaire général-adjoint du Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe (CFA), codirecteur de l’Observatoire des Balkans à la Fondation Jean-Jaurès et chercheur associé au Centre international de formation européenne.
Donica Emini, doctorante en science politique, est membre du Balkans in Europe Policy Advisory Group et directrice de CiviKos Platform.
Traduit de l’anglais par Cadenza Academic Translations.
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