La France et l'UE en Méditerranée : entre esprit de système et réalités
La France et la Turquie s’opposent en Méditerranée sur les crises régionales (Libye, Syrie), et la délimitation des eaux territoriales entre Athènes et Ankara. Au-delà de ces oppositions, la France peut-elle mettre en œuvre une stratégie dépassant les échecs des grandes machines diplomatiques des deux dernières décennies (processus de Barcelone, UpM) ? Et l’Union européenne, qui semble décidée à parler d’une seule voix, aidera-t-elle à passer des rêves de systèmes aux coopérations concrètes ?
Depuis deux ans la tension s’est considérablement accrue en Méditerranée orientale. Cette situation s’explique par la conjonction de plusieurs crises : la fin de la crise syrienne, la guerre civile en Libye et la concurrence exacerbée autour des gisements de gaz offshore dans cette zone. Mais cette situation se double d’un activisme français qui tranche sur les décennies précédentes, sans qu’il n’ait jamais abandonné son esprit de système. De son côté, l’Union européenne (UE) navigue à vue, prise entre ses tensions internes (jamais résolues depuis la crise financière de 2008) et la difficulté de définir une politique extérieure concrète et dynamique.
Quatre éléments peuvent être pris en compte pour éclairer une situation relativement inédite.
– L’émergence ou le retour de puissances régionales bien décidées à peser.
– Les conséquences de la politique française – notamment à l’égard de la Syrie dans un premier temps puis de la Libye –, qui rejaillit sur la région, et sur les relations avec la Turquie en particulier, mais aussi avec l’Italie.
– La redéfinition d’une énième politique méditerranéenne de Paris.
– La politique méditerranéenne de l’UE, et plus particulièrement celle à destination de la Turquie, prise entre dogme, inquiétudes, et contradictions entre les États membres.
La France en Méditerranée : « modérateur » ou « acteur-gladiateur » ?
Depuis l’émergence du mouvement de transformation des Printemps arabes, la France est sortie d’un modèle consensuel multilatéral et inclusif, dont la promotion du Partenariat euro-méditerranéen de Barcelone – lancé en 1995 – fut l’archétype le plus abouti. Le pays semble intégrer la catégorie dite par Bertrand Badie des « acteurs-gladiateurs », c’est-à-dire participant activement au changement politique dans une entité donnée (pays, région). Cette nouvelle position s’est manifestée en Libye avec la chute du colonel Kadhafi ; en Syrie avec un soutien actif aux groupes tentant de renverser le pouvoir de Bachar El-Assad ; en Irak et en Syrie dans la lutte contre l’État islamique et autres groupes djihadistes. […]
PLAN
- La France en Méditerranée : « modérateur » ou « acteur-gladiateur » ?
- La Méditerranée du président Macron : entre opportunisme tactique et vision globale ?
- Macron candidat : la Méditerranée absente
- Revue stratégique : la vision officielle d’une Méditerranée de la menace
- Le Sommet des deux rives : une alternative de relance via la Méditerranée occidentale
- Une « politique européenne pour la Méditerranée » : dernier étage de l’édifice macronien ?
- La politique méditerranéenne de l’UE : fin des ambitions universalistes et émergence d’une Realpolitik ? - Un jeu dangereux, des options faibles
Jean-François Daguzan est vice-président de l’institut Choiseul, et ancien directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
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