Les agricultures africaines et nous
Le développement des agricultures africaines sera demain au cœur de la survie d’un continent qui connaît une expansion démographique majeure. Plus largement, ce développement est nécessaire pour parer à des problèmes mondiaux : environnementaux, sanitaires, migratoires, sécuritaires... Les modèles proposés par l’Occident ne sont plus les seuls à être considérés, mais en tout état de cause la France devrait se mobiliser sur ce thème essentiel, pour impulser une nouvelle action européenne.
Les agricultures africaines : voilà un thème de méditation à contretemps… Nos réflexions n’abordent ni ne règlent les sujets pressants du moment. Elles sont pourtant souterrainement liées à la crise que nous traversons depuis mars. Cette crise nous a cruellement révélé que nous avions peu à peu perdu notre capacité à anticiper des événements au contenu probable et au déclenchement incertain. Le problème n’est pas propre à la France et concerne beaucoup de démocraties occidentales. Il suppose que nous réapprenions à nous sentir à l’aise dans l’appréhension du temps long, et donc dans notre capacité d’anticipation.
Pour ce que nous pouvons deviner du long XXIe siècle, l’évolution des agricultures africaines en est assurément un des éléments nodaux. L’Afrique compte aujourd’hui un peu plus d’un milliard d’habitants sur les sept qu’héberge notre planète. En 2100 et d’après une étude de chercheurs américains parue en juillet dans le Lancet, ce pourrait être environ trois milliards sur huit.
Les agricultures africaines sont donc au cœur de l’avenir de l’Afrique. Parce qu’il faudra nourrir les mégapoles d’un continent qui s’urbanise rapidement, en proportion du nombre d’habitants. Mais aussi parce que plus de la moitié de la main-d’œuvre reste occupée dans l’agriculture, dans un contexte d’augmentation de la population rurale : moins de 200 millions en 1950, environ 500 millions en 2000, un milliard en 2050. C’est dans ce rapport entre villes et campagnes, en particulier dans les villes intermédiaires, que se construira le succès ou l’échec du développement africain.
Au-delà du continent, ces chiffres suggèrent que les agricultures africaines seront au cœur de l’avenir de la planète. À très long terme, et sauf à ce que le continent en soit réduit à importer massivement des aliments, le paysan africain devra nourrir près d’un humain sur deux. Dans les décennies à venir, la plupart des pays occidentaux, voire asiatiques, auront à gérer les transitions écologique et numérique dans un contexte de stagnation, voire de décroissance de leurs populations. Ce ne sera pas le cas sur le continent africain, où la population devrait tripler. C’est pourquoi cette question doit nous préoccuper davantage. […]
PLAN
- Une croissance des besoins alimentaires qui reste soutenue
- Face aux besoins, la nécessaire émergence des agricultures continentales
- Les agricultures africaines, une question mondiale : quatre enjeux
- L’enjeu environnemental
- L’enjeu migratoire
- L’enjeu sécuritaire
- L’enjeu sanitaire - Que faire, vu d’Occident ? Digital : le futur d’une illusion ?
- Que faire, vu d’Asie ? Le triptyque agriculture/industrie/épargne plutôt que le laisser-faire
- Pour une impulsion française à une initiative « Agriculture Afrique 2050 »
Hervé Gaymard, ancien ministre, est président de la Fondation Charles de Gaulle.
Pierre-Ange Savelli, haut fonctionnaire, enseigne à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris.
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