Les enjeux de la Conférence d’examen du Traité de non-prolifération
Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) est entré en vigueur il y a un demi-siècle et a été prorogé de manière indéfinie voici 25 ans. C’est dans ce contexte de double anniversaire que devait se tenir la Conférence d’examen au printemps 2020. Reportée en raison de la crise sanitaire, elle devrait avoir lieu d’ici août 2021. Alors que de nombreux États contestent le TNP, l’hypothèse d’un nouvel échec des négociations – après celui de 2015 – paraît crédible.
Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), entré en vigueur le 5 mars 1970, continue, un demi-siècle plus tard, de fonder ce qu’il est convenu d’appeler un ordre nucléaire. Si cette expression reflète l’apport normatif du traité, considéré comme « la pierre angulaire » du régime de non-prolifération, elle revêt aussi un aspect statique qui ne permet pas d’appréhender la complexité de la construction de cet édifice, ni d’entrevoir quelles dynamiques s’y développent, tant au niveau stratégique que politique.
Or, de l’avis de nombre d’observateurs et d’acteurs du domaine, le traité traverse une crise. Les inquiétudes se trouvent certainement exacerbées dans le contexte du délitement de l’architecture de maîtrise des armements : ce qui semblait immuable ne l’est décidément pas. Comme l’a rappelé le secrétaire général-adjoint des Nations unies pour le désarmement Izumi Nakamitsu : « Nous ne devrions pas oublier qu’au moment des négociations du TNP, on estimait que d’ici 1975 une vingtaine d’États auraient pu acquérir des armes nucléaires. Ce succès du TNP ne doit pas être considéré comme acquis. » L’avenir du régime de non-prolifération serait-il aujourd’hui remis en question ?
Ces questionnements entourent la préparation de la dixième Conférence d’examen du TNP, qui n’a pu se tenir au printemps 2020 en raison de la pandémie de COVID-19. Compte tenu de son importance, cette rencontre majeure n’a pas été annulée mais initialement décalée « à une date ultérieure, dès que les circonstances le permettraient, mais pas plus tard qu’en avril 2021 ». En définitive, la situation sanitaire a contraint à un nouveau report sans date, au plus tard en août 2021. L’insistance de plusieurs hauts responsables de la sphère de l’ONU sur la nécessité de transformer ce report en « opportunité », confirme qu’une pression particulière pèse sur l’événement.
Le TNP : anatomie d’une crise
La notion de crise trouve plusieurs acceptions dans le contexte du TNP. Premièrement, elle concerne les crises politico-diplomatiques autour de programmes proliférants. Deuxièmement, elle est également utilisée, à certains moments, pour décrire le fonctionnement du processus d’examen. Enfin, elle s’inscrit dans un schéma de contestation du régime, qui semble devenu structurel. [...]
PLAN
- Le TNP : anatomie d’une crise
- Le régime et ses crises
- Un processus en tension
- La contestation politique du régime - Enjeux et perspectives de la Conférence d’examen
- Préserver le régime de non-prolifération
- Le pilier désarmement et le problème du TIAN
- Créer des points de convergence
Tiphaine de Champchesnel est chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM).
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Les enjeux de la Conférence d’examen du Traité de non-prolifération
L’Office of Net Assessment : plongée au cœur du think tank du Pentagone
La prospective de défense américaine s’est développée depuis plus de quarante ans autour d’une structure originale : l’Office of Net Assessment (ONA). Ce bureau, dirigé jusqu’en 2015 par Andrew Marshall, n’a compté depuis sa création qu’une centaine de collaborateurs directs. Il a toutefois contribué à alimenter tout un écosystème de recherche stratégique. Ses analyses, fondées sur la méthode pluridisciplinaire du Net Assessment, ont eu un impact important, parfois bien au-delà des États-Unis.
Arctique : le passage du Nord-Ouest sous tension
Avec la fonte de la banquise arctique s’est développé un discours médiatique et scientifique sur l’intérêt stratégique du passage du Nord-Ouest. La question du statut des eaux du passage du Nord-Ouest pose celle de l’inclusion ou non de ce détroit dans l’espace maritime souverain du Canada. Les relations entre États demeurent cordiales sur le sujet, et il n’y a pas de litige fort entre le Canada et d’autres pays à propos de la souveraineté sur cette route arctique.
Négociations climatiques et commerciales : itinéraires croisés
Depuis quelques années, les négociations multilatérales en matière commerciale et climatique connaissent des trajectoires différentes. Alors que la COP21 est vue comme un succès historique, les avancées dans le domaine commercial sont moins spectaculaires. Au-delà des enjeux respectifs – qui paraissent plus importants et urgents dans le domaine climatique –, des différences intéressantes peuvent être notées au sujet des modes de négociation ou du degré de contrainte pesant sur les parties.
L’Euro-Asie selon Pékin
Projet géographique à portée économique, et porteur de lourdes conséquences politiques, la stratégie chinoise des Nouvelles routes de la soie vise une connectivité généralisée dans l’espace eurasiatique. Cherchant à désenclaver une partie du territoire chinois, elle entend doubler la mondialisation maritime d’un développement des circulations terrestres. Russes et Européens sont, entre autres, concernés par les effets de cette stratégie, déjà concrétisée par de multiples décisions.