Le Brexit et la fragmentation du Royaume
Le référendum sur le Brexit a ouvert une division du pays confirmée par les élections de 2019, en dépit de la victoire conservatrice. Le gouvernement central et les régions composantes du Royaume n’ont pas vraiment dialogué durant les négociations avec l’UE. Et les dynamiques d’explosion se renforcent nettement en Écosse, en Irlande, où la question de l’unification est à nouveau posée, voire au pays de Galles. Le système politique est secoué, et la cohésion du pays directement mise en cause.
David Cameron a joué deux fois l’avenir du Royaume-Uni comme État : en 2014 en s’accordant avec le Premier ministre écossais pour organiser un référendum sur l’indépendance de l’Écosse ; en 2016 avec le référendum sur le Brexit.
Les électeurs écossais ont rejeté l’indépendance en septembre 2014 par une majorité plus courte qu’attendu – 45 % de « oui » contre 55 % de « non ». Et le résultat du référendum sur le Brexit a non seulement bouleversé les relations politiques et économiques du Royaume-Uni avec l’Europe, mais aussi rouvert la question de l’avenir du Royaume-Uni en tant qu’État. L’Écosse et l’Irlande du Nord ont voté pour le maintien, l’Angleterre et le pays de Galles se prononçant pour le retrait. En outre, de profondes divisions existent entre l’Angleterre et le pays de Galles : globalement, la victoire du camp du retrait a été, à nombre d’égards, la victoire du nationalisme anglais – et soulève à ce titre nombre de questions sur l’avenir du Royaume-Uni.
Une union politiquement divisée
Le Royaume-Uni est dirigé par un gouvernement conservateur depuis 2010. En 2010, les conservateurs ont formé coalition avec les libéraux-démocrates, puis gagné en 2015 une majorité suffisante pour gouverner seuls. Theresa May a convoqué des élections en 2017 pour consolider sa majorité, et les a perdues, condamnée à diriger un gouvernement minoritaire, dépendant du soutien du Parti unioniste démocrate (Democratic Unionist Party, DUP) d’Irlande du Nord. Boris Johnson a à son tour convoqué les électeurs en décembre 2019, emportant une majorité de 80 sièges.
La victoire électorale de Boris Johnson est frappante : en dépit de l’importance de sa majorité, il n’a obtenu une majorité de députés et de votes qu’en Angleterre, où les conservateurs ont obtenu 345 sièges contre 180 pour les travaillistes et seulement 7 pour les libéraux-démocrates. Au pays de Galles, le Parti travailliste a remporté 22 sièges contre 14 aux conservateurs, quatre sièges revenant au parti indépendantiste Plaid Cymru (les travaillistes perdent des voix par rapport à 2017, avec un score conservateur en hausse). En Écosse, le Parti national écossais (Scottish National Party, SNP) remporte 48 des 59 sièges – avec un seul siège au Parti travailliste, jadis dominant dans le pays, six sièges aux conservateurs et quatre aux libéraux-démocrates. [...]
PLAN
- Une union politiquement divisée
- Comment le Brexit a divisé le Royaume-Uni
- Un Royaume-Uni fragmenté et sous pression
- Un soutien mitigé à l’indépendance
- L’Écosse
- L’Irlande du Nord
- Le pays de Galles
Kirsty Hughes est fondatrice et directrice du Scottish Centre on European Relations.
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