La Chine, championne technologique ou géant empêtré ?
La Chine est-elle le chef de file de l’innovation mondiale, et donc le premier concurrent technologique des économies occidentales ? La réalité est plus ambiguë. Les responsables chinois diagnostiquent au contraire un retard notable du pays, auquel est censé remédier le plan Made in China. Le succès est incertain, à la fois du fait de l’ambiguïté des rapports entre politiques publiques et dynamiques privées, et de l’absence de réformes favorables à l’innovation et aux progrès de productivité.
Au regard des « piliers » de la compétitivité, tels que les définit le World Economic Forum, la Chine se distingue par la taille de son économie plus que par l’efficacité de ses marchés et de son système financier, la qualité de ses institutions, la sophistication et le dynamisme de ses entreprises, ses capacités d’innovation ou son niveau d’adoption des technologies de l’information et de la communication (TIC).
Forces et faiblesses de l’appareil productif chinois
Selon McKinsey, les domaines d’excellence de la Chine se situent : dans les secteurs où l’innovation repose sur la connaissance approfondie des besoins des consommateurs (consumer-focused innovation) – tels que les biens d’équipement des ménages, l’électronique grand public, le commerce et les paiements en ligne ; et dans les secteurs où l’innovation consiste en l’amélioration des équipements, des procédés et de l’organisation au niveau de l’entreprise ou du secteur industriel permettant la conquête de parts de marché grâce à une production à faibles coût et prix (efficiency-driven innovation) – tels que le textile, la production de métaux, de médicaments génériques, de produits chimiques de base, d’équipements mécaniques et électriques, ou encore de panneaux solaires, ou la fonderie de semi-conducteurs.
Les entreprises chinoises ont un bilan plus mitigé dans les secteurs où l’innovation procède de progrès incrémentaux (souvent fondés à l’origine sur la rétro-ingénierie) dans l’efficacité des processus de production, le design des produits, la gestion de la chaîne d’approvisionnement (engineering-driven innovation) – tels que les écrans plats, l’automobile, les équipements ferroviaires, les moyens de transports aériens, y compris les drones. La Chine est le premier marché du monde pour l’automobile, mais elle n’a qu’une part modérée du chiffre d’affaires mondial de l’automobile. En revanche, elle domine le chiffre d’affaires mondial dans les équipements ferroviaires, et elle est le plus grand producteur mondial de trains. La Chine a également saisi une part importante (près de 30 %) du marché mondial des équipements de télécommunications.
Enfin, les faiblesses les plus marquées et aussi les plus persistantes de l’industrie chinoise concernent les secteurs où l’innovation repose sur la recherche scientifique (science-based innovation) – tels que la conception des micro-processeurs, la biotechnologie, la chimie et la pharmacie de pointe. Dans ces domaines, la part de marché des entreprises chinoises reste infime par rapport au poids global de l’économie chinoise. […]
PLAN
- Forces et faiblesses de l’appareil productif chinois
- La distribution de l’effort de recherche et développement
- Spécificités de l’innovation des firmes chinoises
- Innovations ou réformes institutionnelles ? - Doper les capacités de recherche et d’innovation
- Le plan MIC2025 : une rupture
- Quel impact pour le MIC2025 ?
Patrick Allard est consultant permanent auprès du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
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