La politique étrangère britannique après le Brexit : la géographie, c’est le destin
La vision britannique des rapports du Royaume-Uni au monde renvoie à la fois à la géographie et à l’histoire d’une puissance impériale. Mais le Brexit éclaire durement les changements du positionnement britannique : illusions sur la bienveillance américaine ; dépendance vis-à-vis des normes européennes sans pouvoir peser sur elles ; limitation des moyens d’influence extérieure. Union européenne et Royaume-Uni doivent trouver les moyens d’une nouvelle coopération, en particulier dans le domaine de la sécurité.
« La géographie, c’est le destin » : l’expression de François Heisbourg, formulée après le référendum du Brexit, résume le facteur déterminant, et limitant, des choix du Royaume-Uni. L’histoire est elle aussi ancrée dans la géographie, et les comportements, les sentiments et l’image de soi à l’origine du vote du Brexit joueront leur rôle dans les choix du pays. Satisfaire ses ambitions pourra s’avérer difficile, voire impossible.
Les visions héritées de l’histoire
Tout comme de Gaulle avait « une certaine idée de la France », des générations d’hommes d’État britanniques ont partagé une vision, sinon de l’Angleterre elle-même, du moins de ses forces et faiblesses au-delà de ses frontières. Ainsi, Lord Palmerston (alors secrétaire d’État aux Affaires étrangères) devant les Communes en 1848 : « Nous n’avons ni alliés éternels, ni ennemis perpétuels. Nos intérêts, à l’inverse, le sont. Il est de notre devoir de les suivre. »
Souvent vue comme cynique, l’assertion est plutôt une évidence, ancrée dans une géographie inévitable : la survie et l’autonomie des îles Britanniques dépendent de leur contrôle de la mer et de leur accès aux ressources hors de leurs frontières.
La conquête par le Royaume-Uni d’un empire qui a à la fois enrichi le pays et accru sa dépendance vis-à-vis de la sécurisation de ses routes commerciales peut être vue comme une conséquence seconde de la rivalité franco-anglaise du XVIIIe siècle. À la fin du XIXe siècle, et après une période de calme quasi continu depuis 1815, l’inquiétude a pourtant fait place à une certaine fatuité, décrite par Lord Salisbury comme une politique anglaise « se laissant porter par le courant, et repoussant les obstacles éventuels de sa gaffe diplomatique ».
La guerre des Boers, qui voit le Goliath des empires frappé par la hardiesse et la ruse d’un David néerlandais d’Afrique du Sud, porte un rude coup à cette fatuité. Et les deux guerres mondiales changent radicalement la position du Royaume-Uni sur la scène internationale. La situation de 1918 sape l’assertion de Palmerston. L’équilibre des forces penche vers les États-Unis, nouveau monde mobilisé en contrepoids à l’ancien. Les empires ottoman, russe et austro-hongrois disparaissent. Si le Royaume-Uni reste un empire, sa puissance est revue à la baisse ; et s’il demeure dans son intérêt d’éviter qu’une seule puissance ne prenne le contrôle de l’Europe, le pays entretient alliances et intérêts partagés avec plusieurs démocraties continentales, en particulier la France. […]
PLAN
- Les visions héritées de l’histoire
- Les axes diplomatiques des dernières décennies
- Quel sens pour le Global Britain ?
- La special relationship : réalités et illusions
- Une nouvelle liberté ?
- Une « proposition unique de vente »
Stephen Wall a été conseiller diplomatique du Premier ministre John Major, représentant du Royaume-Uni auprès de l’Union européenne, et conseiller pour les affaires européennes de Tony Blair.
Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Inès Boulaigue.
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