La Turquie, entre coup d’État et référendum
Le putsch de juillet 2016 a été un vrai traumatisme, mais aussi l’occasion pour le régime d’aggraver la répression interne, et de tenter de faire passer son projet de réforme constitutionnelle. Celui-ci instaure un président disposant de tous les pouvoirs, sans réel contrôle. La radicalisation de l’AKP a des conséquences politiques internes, mais aussi économiques et diplomatiques, en particulier quant à la posture du pays vis-à-vis de l’Union européenne.
Le coup d’État avorté du 15 juillet 2016 entrera-t-il dans l’histoire comme l’événement qui a permis l’accouchement de l’« État-Erdogan » en Turquie, en gestation depuis quelques années, ou comme le début du déclin de la nouvelle Turquie post-kémaliste, que l’homme fort du pays s’efforce d’instituer comme une seconde République ? La réponse dépend en grande partie des suites du référendum constitutionnel du 16 avril 2017 qui a encore plus brouillé la visibilité sur l’avenir du pays.
Les amendements constitutionnels, approuvés par le Parlement avec le soutien du parti d’extrême droite nationaliste (Milliyetçi Hareket Partisi – MHP), et soumis à l’approbation des électeurs, visent à instaurer un mode de gouvernement autocratique. Régner sans subir le contrôle du Parlement ni des tribunaux, et avec la seule sanction des électeurs tous les cinq ans, est le rêve, caressé de plus en plus clairement par l’homme fort de la Turquie depuis le début de l’actuelle décennie. Les tentatives de réforme constitutionnelle dans cette optique avaient jusqu’à présent échoué, devant la forte réaction des partis d’opposition et, surtout, le peu d’enthousiasme manifesté par la base électorale du Parti de la Justice et du Développement (AKP), le parti d’Erdogan. Le ralliement inattendu du chef du parti d’extrême droite à ce projet, et la mise au placard de l’état de droit avec l’état d’urgence décrété après le putsch avorté, ont permis à Recep Tayyip Erdogan de tenter un nouveau coup de force : transformer le régime qu’il a proclamé « de facto présidentiel » au lendemain de son élection comme président au suffrage universel en août 2014, en un régime de jure présidentialiste. Et même un peu plus que présidentialiste, puisque le chef de l’État, unique chef de l’exécutif, pourrait aussi être chef de parti, en même temps qu’il disposerait d’un quasi-monopole pour les nominations des membres de la haute juridiction. L’expression de « don de Dieu » utilisée par Recep Tayyip Erdogan pour qualifier le putsch militaire avorté a pris tout son sens dans l’étroite majorité de « oui » qui s’est dégagée au soir du 16 avril.
Un putsch bien réel mais tout aussi utile
La tentative du putsch organisée par une poignée d’officiers a coûté la vie à plus de 250 personnes. Selon la version officielle, le putsch a échoué grâce à un capitaine de l’armée de l’Air qui a informé les services secrets turcs du plan de bombardement de leurs locaux 12 heures avant le passage à l’acte. Alerté par le chef des services secrets, le chef d’état-major des armées a interdit tout vol d’appareils militaires, ce qui a poussé les organisateurs du putsch à avancer l’heure de leur action. […]
PLAN
- Un putsch bien réel mais tout aussi utile
- Coup de force pour une autocratie élective
Ahmet Insel est chroniqueur au quotidien Cumhuriyet et ancien professeur à l’université Galatasaray d’Istanbul. Il a récemment publié La Nouvelle Turquie d’Erdogan. Du rêve démocratique à la dérive autoritaire, Paris, La Découverte, 2017.
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