Lutte antiterroriste : comment s’adapte le Japon ?
Le Japon a subi plusieurs attentats sur son sol, notamment en 1995 avec l’attaque au sarin dans le métro de Tokyo. Plus récemment, deux ressortissants japonais ont été exécutés par l’État islamique en Syrie. Pour faire face à l’évolution de la menace, le dispositif antiterroriste japonais a été fortement renforcé. Le sommet du G7 d’Ise-Shima, en mai 2016, s’est déroulé sans incident. Le défi sécuritaire sera d’une autre ampleur en 2020 pour les Jeux olympiques de Tokyo.
Tarô Konô, président de la Commission nationale de sécurité publique du Japon, a rappelé après les attentats de Paris de novembre 2015 que le Japon n’était pas à l’abri d’attaques terroristes sur son sol, et annoncé le renforcement de son système de collecte et d’analyse du renseignement. Le pays figure depuis septembre 2015 sur la liste des nations ciblées par l’État islamique (EI), et certains individus attirés par cette organisation se trouveraient, selon l’Agence de police nationale, dans l’archipel. Tout de suite après les attentats de Bruxelles le 22 mars 2016, cette Agence a appelé tous les services de police du pays à renforcer la vigilance et la surveillance des cibles « molles », les plus vulnérables, tels les grands magasins ou les parcs d’attractions. Le lendemain matin, le ministre des Transports demandait à tous les aéroports de renforcer leurs mesures de sécurité. La menace ne provient d’ailleurs pas seulement du terrorisme islamiste, comme semblent par exemple le montrer l’arrestation d’un Sud-Coréen soupçonné d’avoir introduit de la poudre au Japon et d’être à l’origine de l’explosion au sanctuaire Yasukuni en novembre 2015.
Un sondage commandé par le gouvernement en juin 2015 indique que 79 % des personnes interrogées s’inquiètent de la possibilité d’attaques terroristes au Japon. Une autre enquête, plus récente, a montré un même niveau de préoccupation, 79,7 % des personnes interrogées pensant qu’un attentat meurtrier, similaire à celui de novembre 2015 à Paris, était possible dans l’archipel. Au-delà des craintes de la population, nous tenterons ici d’évaluer l’état de la menace terroriste au Japon, et d’analyser les mesures mises en place par le gouvernement pour anticiper et faire face à d’éventuels attentats.
L’évolution des menaces terroristes au Japon
En 1993, la secte Aum shinrikyô disperse le bacille du charbon dans la capitale japonaise, ne faisant toutefois aucune victime. Après cette tentative d’attentat biologique, renouvelée sans plus de succès en 1995 avec des toxines botuliniques, les adeptes de la secte perpètrent deux attentats chimiques, ceux-ci meurtriers. Le 27 juin 1994, dans la ville de Matsumoto, au centre du Japon, du gaz sarin est libéré en direction d’un appartement cible. Bilan : 8 morts et 660 blessés. […]
PLAN
- L’évolution des menaces terroristes au Japon
- Renforcer la prévention des actes terroristes
- Un contrôle renforcé des frontières depuis 2007
- Surveillance dans les transports : l’exemple ferroviaire
- Prévenir des attaques lors de manifestations importantes
- Protection renforcée des installations nucléaires - Préparation à la gestion de crise
- Des exercices de plus en plus nombreux à l’approche d’événements majeurs
- Un système de gestion de crise récent mais efficace - Vers les JO de 2020
Jean-François Heimburger est journaliste à Asialyst et chercheur spécialiste du Japon. Ses travaux portent notamment sur les risques naturels, biologiques, technologiques et sociaux dans l’archipel.
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