Migrations en Méditerranée : la crise de l’asile
La croissance économique des Trente Glorieuses, le choc pétrolier de 1973 et la guerre du Golfe de 1991 ont eu un impact très fort sur les migrations dans le bassin méditerranéen. Dans les années 1990 et 2000, l’immigration irrégulière vers l’Europe s’est développée. Les dispositifs de contrôle des flux migratoires conçus à cette époque se révèlent totalement inadaptés à la situation post-révolutions arabes. L’Europe fait désormais face à une triple crise : économique, des réfugiés et de l’asile.
La « crise migratoire » domine l’actualité depuis 2015, sans que les informations présentées par les médias permettent d’en comprendre précisément les causes et les dynamiques, ni de juger si les réponses apportées par les gouvernements européens sont à même de la résoudre.
La Méditerranée constitue avec l’Europe et le Moyen-Orient l’une des régions migratoires les plus importantes, avec l’Amérique du Nord et l’Asie-Pacifique. Au sein de cet espace, les flux sont multidirectionnels et de nature extrêmement hétérogène. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces flux ont évolué sous l’effet de changements économiques et de bouleversements politiques.
À partir des années 1990, la croissance économique des pays d’Europe du Sud a généré un important besoin de main-d’œuvre non qualifiée, en partie comblé par la migration irrégulière du fait de l’insuffisance des voies de migration légale. Durant cette période, toutefois, le nombre d’entrées irrégulières en Europe par la mer est resté stable et relativement peu important. La migration irrégulière en Méditerranée représente alors un phénomène marginal par rapport à la migration « légale ».
L’arrivée massive de réfugiés et de migrants sur les côtes grecques et italiennes depuis 2014 marque une rupture par rapport à la période antérieure. Toutefois, les réponses apportées par l’Europe sont non seulement insuffisantes, mais surtout inadaptées. En effet, l’accord du 18 mars 2016 entre l’Union européenne et la Turquie s’inscrit dans le prolongement de la politique de lutte contre la migration irrégulière, telle qu’elle a été développée depuis la fin des années 1990.
Alors que l’année 2016 se terminera sur un nouveau record du nombre de migrants morts en Méditerranée, malgré la baisse du nombre de traversées, il apparaît indispensable que l’Europe réponde à l’urgence humanitaire et entame une réflexion sur la réforme de sa politique commune d’asile, dont les dysfonctionnements structurels contribuent à l’aggravation de cette crise.
Les migrations en Méditerranée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale
Quatre phases principales caractérisent l’évolution des flux migratoires en Méditerranée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les deux premières, durant les Trente Glorieuses, sont caractérisées par d’importants besoins de main-d’œuvre en Europe occidentale. Ces besoins sont d’abord satisfaits par des flux intra-européens, puis transméditerranéens à partir des années 1960. […]
PLAN
- Les migrations en Méditerranée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale
- L’échec de la lutte contre la migration irrégulière
- La crise européenne de l’asile
Thibaut Jaulin, docteur en science politique de l’université Paul Cézanne d’Aix-en-Provence, est maître de conférence à Sciences Po Paris. Il est également chercheur associé au Migration Policy Centre (Florence, Italie).
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Migrations en Méditerranée : la crise de l’asile
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