Soudan : après la chute d’Omar el-Béchir, les défis de la transition
Le 11 avril 2019, le président du Soudan, Omar el-Béchir, a été poussé à la démission sous la pression de son appareil sécuritaire et des manifestants mobilisés depuis plusieurs mois. Cet événement a mis fin à trente ans d’un régime militaire et islamiste. Il marque le début d’une double transition – post-autoritaire et post-conflit – particulièrement complexe. Le maintien des militaires au pouvoir et l’inclusion des groupes rebelles constituent des défis majeurs.
Le 17 août 2019, le Conseil militaire de transition (CMT) et les forces pour la liberté et le changement (FLC), réunissant partis d’opposition et organisations de la société civile, signent à Khartoum une déclaration constitutionnelle. Quatre mois après le coup d’État qui a renversé Omar el-Béchir et le régime militaire et islamiste qu’il dirigeait depuis 30 ans, ce document marque formellement le début d’une transition au Soudan, que certains espèrent démocratique. Elle doit prendre fin avec la tenue d’élections générales en 2022. Cette transition résulte en outre de la mobilisation continue, durant plusieurs mois, de milliers de Soudanais, dont la dynamique a démarré le 19 décembre 2018 à Atbara, au nord-est du pays. Ce jour-là, les habitants investissent les rues pour protester contre la hausse du prix du pain et incendient les locaux du parti au pouvoir, le Congrès national (National Congress Party, NCP).
La contestation, dans laquelle les femmes sont fortement impliquées, s’étend rapidement à tout le pays, et progressivement à toutes les franges de la population, donnant une ampleur sans précédent à un mouvement dont les revendications vont bien au-delà des conditions de vie matérielles. Ce sont en effet le régime tout entier et son projet de civilisation islamiste qui sont rejetés aux cris de Tasgut bas ! (« La chute, rien d’autre ! »). Au début de 2019, les manifestations se transforment en routine, ce qui semble atténuer leur charge subversive. Mais le mouvement prend un virage déterminant le 6 avril, jour anniversaire de la révolution de 1985, quand les manifestants parviennent à investir les rues avoisinant le quartier général des forces armées à Khartoum et y organisent un sit-in qui perdure jusqu’à sa dispersion violente le 3 juin. Cet espace devient rapidement le cœur de ce que les acteurs eux-mêmes appellent une révolution. Des convois de manifestants venus de régions plus ou moins lointaines, d’Atbara ou du Darfour, convergent vers ce lieu autogéré et investi par les artistes, où se construit un contre-modèle de société. Le sit-in accroît également la pression sur l’armée, que les manifestants appellent depuis le début du mouvement à se placer à leurs côtés, afin de reproduire le scénario des révolutions de 1964 et 1985. L’armée, en coordination avec la milice paramilitaire des Forces de soutien rapide (RSF) et les services de renseignement (NISS), intervient finalement le 11 avril pour pousser Béchir à la démission. […]
PLAN
- Les racines de la contestation
- Les acteurs de la révolution
- Les enjeux d’une transition aux multiples facettes
Anne-Laure Mahé, docteur en science politique de l’université de Montréal, est chercheur sur l’Afrique de l’Est à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM).
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Soudan : après la chute d’Omar el-Béchir, les défis de la transition
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