Vers un retour de l'autoritarisme en Afrique ?
Des élections sont organisées régulièrement dans différents pays d’Afrique. Pourtant, la démocratie ne progresse pas sur ce continent. Nombre de dirigeants ont fait adopter des mesures leur permettant de prolonger leur présence à la tête de l’État et les partis d’opposition sont faibles. Quand une alternance se produit au plus haut niveau, cela n’entraîne pas pour autant une amélioration de la gouvernance. La poussée de la Chine en Afrique ne va pas favoriser le recul de l’autoritarisme.
À la suite de la chute du bloc soviétique naissait l’illusion d’une fin de l’histoire, qui devait consacrer le triomphe de la démocratie libérale dans le monde. Elle reposait sur des faux-semblants auxquels contribuait l’Afrique. Au tournant des années 1980 et 1990, la conjonction de facteurs internationaux et nationaux conduisait de nombreux pays africains francophones à organiser des Conférences nationales, préalables à l’ouverture du jeu démocratique. En 1991, le Bénin et la Zambie sont sortis d’une longue période de dictature en organisant leurs premières élections multipartites, qui consacrèrent la victoire de l’opposition. L’Afrique du Sud s’est, elle, libérée du joug de l’apartheid à la faveur d’une transition négociée qui aboutit à l’élection de Nelson Mandela. Mais en Afrique comme ailleurs, la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme n’a pas eu lieu. L’histoire de la démocratie y a connu succès, résistances, avancées et involutions.
Démocratie formelle contre démocratie réelle
Aujourd’hui, en dehors des périodes de conflits civils, tous les pays africains, à l’exception de l’Érythrée et du Swaziland, organisent régulièrement des élections, et se prévalent, du moins dans les textes ou dans les discours, de respecter le cadre normatif de la démocratie. Toutefois, la question de la démocratie en Afrique est souvent victime d’un double réductionnisme : elle est réduite à la dimension électorale – cette dimension étant elle-même réduite au fait de savoir si les élections sont libres, transparentes et régulières. Pour les chancelleries occidentales, la tenue d’élections satisfaisant à ces critères suffit pour décerner un brevet de démocratie. Cette vision réductrice de la démocratie néglige les aspects fondamentaux que sont l’environnement institutionnel (neutralité politique des institutions, état de droit réel et pas seulement théorique, etc.) et, plus généralement, la situation du marché politique (comportements et structures politiques, inclusivité de la citoyenneté, offre politique réelle, rapports de force politiques, etc.).
L’exemple mauritanien montre qu’au-delà de l’exercice électoral, une compréhension fine du fonctionnement d’un système politique dominant, et de sa capacité de résilience dans le temps, sont nécessaires pour qualifier la nature d’un régime. Un des principaux acteurs de la promotion de la démocratie sur le continent africain, l’Union européenne (UE), a fini par prendre en compte la qualité de l’environnement institutionnel dans ses opérations d’observation électorale et ses programmes d’assistance. […]
PLAN
- Démocratie formelle contre démocratie réelle
- La domination de régimes hybrides
- Logiques de la régression démocratique
Victor Magnani est chargé de projets au Centre Afrique subsaharienne de l’Ifri. Il coordonne l’Observatoire de l’Afrique centrale et australe.
Thierry Vircoulon est chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l’Ifri et enseignant à Sciences-Po Paris.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Vers un retour de l'autoritarisme en Afrique ?
Djihad et vidéos de propagande : le cas Boko Haram
Faute de pouvoir accéder à des zones de guerre, nombre de chercheurs étudient les mouvements insurrectionnels ou terroristes à travers le prisme des vidéos de propagande. L’exemple de Boko Haram illustre les limites d’une telle méthode qui méconnaît les réalités du terrain et accorde trop de poids aux arguments de nature religieuse. La propagande veut donner à croire qu’il existe une Internationale djihadiste. Les dynamiques sociologiques à l’œuvre au Nigeria invitent à nuancer une telle vision.
Migrations : l’impasse européenne
La pression migratoire est une donnée destinée à perdurer pour l’espace européen. Des normes minimales communes ne pourraient être développées pour l’accueil des migrants que dans le cadre de l’UE. Les réticences des pays d’arrivée, comme celles des pays de départ, brident la mise en place d’un dispositif global. De plus, l’intransigeance des gouvernements populistes risque de conduire à la disparition pure et simple de toute entente européenne sur les phénomènes migratoires.
De la (nouvelle) guerre
Les dynamiques nouvelles d’affirmation de la puissance, de redistribution des influences et l’irruption des nouvelles technologies changent-elles à la fois la place de la guerre dans la vie ordinaire de nos sociétés et la manière de la faire quand elle advient ? L’obsession du conflit jointe à l’efficacité technique nous impose-t-elle un état de guerre larvée permanente ? Et quand les armes parlent, l’intervention des technologies modernes et des entreprises qui les produisent révolutionne-t-elle à la fois le processus de décision politique et l’engagement des hommes dans la guerre ? Questions essentielles que suggèrent les conflits d’Ukraine et du Moyen-Orient, et qui déterminent dès aujourd’hui les réflexions de stratégie et d’organisation des armées.
Le nucléaire militaire français dans un nouveau contexte stratégique
La population et les dirigeants français sont fermement attachés à la dissuasion nucléaire, même si des voix dissonantes se font occasionnellement entendre. Le contexte stratégique est toutefois en train d’évoluer et pourrait affecter la posture stratégique française. Entre les rodomontades de Vladimir Poutine, l’imprévisibilité de Donald Trump, et les difficultés propres à l’Europe – notamment le Brexit – les incertitudes sont aujourd’hui nombreuses et laissent ouvert le champ des possibles.