Face à l’invasion russe en Ukraine et aux chocs électoraux, la France et l’Allemagne engagées sur des trajectoires divergentes
Les élections de 2021 en Allemagne et de 2022 en France ont marqué de façon significative le paysage politique des deux pays, avec la fin de l’ère Angela Merkel d’un côté, qui laisse place à une nouvelle coalition sociale-démocrate conduite par le nouveau chancelier Olaf Scholz, et, de l’autre côté, la reconduction du président Emmanuel Macron mais sans majorité absolue à l’Assemblée.
Autre fait marquant de ces élections : l’importance des questions européennes et franco-allemandes lors des campagnes politiques. Les échéances électorales françaises se sont également déroulées dans l’ombre de la guerre en Ukraine et de ses effets collatéraux en matières économique, énergétique et financière. Par ailleurs, ce conflit qui a lieu dans le voisinage proche de l’Union européenne a mis à l’épreuve le couple franco-allemand qui, s’il est bien parvenu à conserver un front uni face à l’agression russe, a rencontré plus de difficultés à s’ajuster sur les plans économique et énergétique. Même si ces discordances ne sont pas sans conséquences au niveau européen et plus particulièrement sur la définition d’une stratégie de sécurité européenne, elles ne semblent pas pour autant insurmontables.
Xavier Pacreau est maître de conférences en droit public sur le campus parisien de la faculté libre de droit (FLD) de l’Université catholique de Lille (France), où il dirige la licence européenne de droit (trilingue) et le master franco-allemand et européen de droit des affaires en coopération avec la faculté de droit de l’Université de Passau (Allemagne).
Hans Stark est professeur de civilisation allemande contemporaine à Sorbonne Université (France) et conseiller pour les relations franco-allemandes à l’Institut français de relations internationales (IFRI, France).
Cette publication est parue dans L'Annuaire français de relations internationales 2023, publiée par les Éditions Panthéon-Assas du Centre Thucydide. (Pages 499 à 516).
La France et l’Allemagne : nouveau monde, nouveau sens
On s’interroge aujourd’hui légitimement sur le contenu et l’avenir du binôme, ou du couple – selon les cohabitants – franco-allemand. Mais pour ce faire, il vaut mieux inscrire les défis de l’actualité dans le rythme de l’histoire.
France-Allemagne : dépasser les différends pour renforcer la souveraineté européenne
La « relance » franco-allemande initiée avec l’arrivée de Friedrich Merz à la chancellerie en mai 2025 et sa mise en œuvre lors du Conseil des ministres franco-allemand (CMFA) de Toulon en août 2025 avait pour objectif de pallier les difficultés structurelles entre la France et l’Allemagne. Force est néanmoins de constater que les ambitions affichées n’ont été que partiellement traduites dans les faits. La relation franco-allemande traverse en effet depuis le début de l’année 2026 une séquence où les difficultés conjoncturelles se combinent à des divergences plus profondes de priorités, de méthode et de culture stratégique.
L’Allemagne face au triangle États-Unis, Russie, Chine : des changements de paradigme systémiques
Depuis la réunification, l’Allemagne a construit sa prospérité sur un ordre international fondé sur le libre-échange, le multilatéralisme et la stabilité géopolitique. Ce modèle reposait sur trois relations jugées complémentaires : la protection militaire américaine, l’approvisionnement énergétique russe et l’intégration économique avec la Chine. Pendant plusieurs décennies, Berlin a considéré ces interdépendances comme des facteurs de paix, de croissance et de sécurité.
Redémarrer l’économie allemande : entre impératifs économiques, sociaux et de défense
En quête d’une nouvelle boussole, l’Allemagne est confrontée à la remise en question des fondements de son modèle économique et social. L’économie allemande, pilier du modèle de réussite et de prospérité de l’après Deuxième Guerre mondiale est ébranlée et la crainte de la désindustrialisation, jusqu’à présent latente, se concrétise de plus en plus, notamment par l’affaiblissement d’un secteur phare comme celui de l’automobile.