12
juin
2024
Espace Média L'Ifri dans les médias
Marie KRPATA , Jeanette SÜẞ, citées par Mathieu Solal, Antonia Przybyslawski et Clément Solal dans Blocs Kessel Media

Extrême droite et commerce, une comparaison franco-allemande

Focus sur le positionnement du Rassemblement national (RN) et de l'AfD en matière commerciale, mais aussi sur les conséquences à prévoir des élections européennes sur la politique industrielle de l'Union européenne et l'explosion des importations en Europe de véhicules électriques chinois.

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Les partis de la droite nationaliste et populiste ont gagné du terrain au Parlement européen lors des élections européennes qui se sont tenues de jeudi à dimanche derniers. L’union de l’extrême-droite est toutefois encore loin d’advenir, au vu des positionnements très hétérogènes de ces différents partis sur nombre de sujets, et notamment le commerce international. Cette semaine, BLOCS vous propose une comparaison entre le Rassemblement national (RN), aux portes du pouvoir en France, et l’Alternative für Deutschland (AfD), qui a obtenu la deuxième place outre-Rhin. Cette analyse sera suivi, dans les semaines qui viennent, d’un second focus sur la politique commerciale des partis d’extrême-droite déjà au pouvoir - Italie, Pays-Bas, Hongrie.

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LES RACINES ORDOLIBÉRALES DE l’AfD

C’est peu dire que le parti d’extrême droite allemand, qui a réalisé le meilleur score de sa jeune histoire le 9 juin (15,9%), n’a pas le même logiciel sur le plan commercial.

« L’AfD s'engage explicitement en faveur du libre-échange. Nous aspirons à des accords commerciaux guidés par nos intérêts, qui prévoient des facilités d'importation et des exemptions de droits de douane », affirmait son programme pour les européennes.

Plus généralement, « l’AfD a une orientation fondamentalement plus libérale que celle [du RN et de Reconquête] en France, relève une note qui compare les propositions des listes françaises et allemandes aux européennes publiée par l’IFRI et l’Institut franco-allemandSa vision est celle d’une communauté économique européenne composée d’États-nations souverains, dans laquelle l’État se bornerait à créer les conditions d’une concurrence loyale », développent Jeanette Süẞ, Eileen Keller, Marie Krpata, les trois auteures.

À rebours du parti lepéniste qui pourfend la politique de concurrence de l’UE - jugée coupable d’empêcher l’émergence de champions industriels -, l’AfD s’oppose par principe aux subventions versées aux entreprises.

Et pour cause le parti allemand a été créé au printemps 2014 par un groupe d’économistes désireux de « revenir aux sources de l'ordolibéralisme allemand [...] qui est un élément clé de l'identité de l'Allemagne de l'après-guerre », racontait en 2016 La Tribune dans une passionnante analyse.

Comment, dès lors, expliquer sa rhétorique radicalement anti-UE, le libéralisme économique étant, après tout, au cœur du projet européen ?

« La pensée ordolibérale par nature est une pensée nationale parce qu'elle est une pensée d'ordre : la compétition est libre, mais cette liberté pour être réelle doit être encadrée et garantie par l'Etat », et non par une autorité supranationale, répond La Tribune.

Avec les années, la doctrine économique du parti est cependant devenue bien moins prégnante que son discours violemment xénophobe sur l’immigration ; les économistes à l’origine de sa création ont été écartés de la direction du parti.

En 2024, son programme n’accordait d’ailleurs qu’un seul paragraphe au libre échange. Il est vrai qu’en Allemagne, pays qui, contrairement à la France, continue d’exporter plus qu’il n’importe, l’ouverture au commerce fait généralement moins débat.

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élections européennes 2024 Extrême droite Politique Commerciale Politique industrielle Allemagne France