"Les Allemands ont décidé de quitter le projet" : l'imbroglio du char du futur franco-allemand enterré puis ressuscité en quelques heures
Le chef d'état-major des Armées, le général Fabien Mandon, a annoncé ce jeudi la sortie de Berlin du projet franco-allemand MGCS sur un futur char de combat, avant d'arrondir les angles par communiqué quelques heures plus tard.
C'est une phrase lancée lors d'une audition à l'Assemblée nationale dans une salle quasiment vide qui en a fait sourciller plus d'un : "les Allemands ont décidé de quitter le projet". Sortie de la bouche du chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon, cette déclaration semblait acter la fin d'un des programmes de défense franco-allemand les plus importants. Lancé en 2018, le MGCS (Main Ground Combat System) avait pour objectif de développer un successeur au char Leclerc français et au Leopard 2 allemand.
- "Ce n'est pas un échec complet, c'est un choix allemand important", a analysé le chef d'état-major des armées. Selon lui, la décennie de travaux entre Paris et Berlin ont permis de "réfléchir à ce que devait être un futur char de combat" et en "valider les grands principes".
Un communiqué en pleine nuit
Mais retournement de situation et opération rattrapage quelques heures plus tard. Peu avant minuit, un communiqué du général Fabien Mandon vient apporter quelques précisions. Cette fois, ce n'est plus un départ allemand du projet qui est évoqué, mais un "décalage" du programme, avec une mise en service "décalée vers la fin de la décennie 2040".
Selon le chef d'état-major, le MGCS "est poursuivi et conserve un intérêt majeur recentré sur le développement d’une connectivité renforcée, du combat collaboratif, de l’automatisation et de la robotisation". Le rétropédalage a continué ce vendredi via les ministres français et allemand des Armées. Pour ce dernier, Boris Pistorius, "le projet MGCS n'est pas terminé, n'est pas abandonné".
- "Personne ne l'a arrêté, bien au contraire. C'est un projet phare de la coopération franco-allemande", estime-t-il.
Même son de cloche pour la ministre française, Catherine Vautrin, pour qui "le MGCS reste un projet d'actualité".
Texte citation
Alors, le MGCS est-il mort comme l'affirme le chef d'état-major des Armées? "C'est terminé dans sa forme initiale", acte Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes à l'Ifri (Institut français des relations internationales). Mais des collaborations restent possibles selon lui sur certains segments du programme.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
Le "Capint" (le projet qui va succéder au Char Leclerc), le plan B de la France
Le calendrier a aussi de quoi interpeller, en pleine visite d'État du président allemand Frank-Walter Steinmeier.
- "Le chef d'état-major s'est un peu avancé, c'est un problème de communication politique", analyse-t-il.
Mais Berlin risque d'être moins embêté que Paris sur un enterrement du MGCS. "Les Allemands n'ont pas besoin de la France, ils ont l'expertise et le financement. La France a ses problèmes politiques et de finances publiques", souligne-t-il auprès de BFM Business.
Cet imbroglio de communication symbolise toutes les difficultés autour de ce programme depuis près d'une décennie. L'arrivée de l'Allemand Rheinmetall en 2019 a bousculé la répartition des tâches et les tensions industrielles et politiques sur le programme ont toujours persisté. La question de son financement a aussi été l'objet de nombreux débats. Encore en juin, le directeur de Rheinmetall, Armin Papperger, évoquait une baisse de moitié de la contribution financière française.
Alors, Paris planche sur un plan B, avec "une capacité intermédiaire conçue avec les technologies les plus modernes et apte à intégrer de façon incrémentale les fonctionnalités innovantes du MGCS". Il s'agit d'un char de transition, le "Capint", pour capacité intermédiaire, présenté par KNDS en juin dernier. Pour le groupe, il pourra s'agir d'une brique de transition vers le MGCS. Encore faut-il que la France et l'Allemagne raccordent leurs violons.
[...]
>>> >> Voir l'article sur BFM.
Média
Journaliste(s):
Format
Partager