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Les enjeux capacitaires terrestres

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Auteur de l'étude : "Lance-roquettes multiples, une dépendance européenne historique et durable ?" Léo Péria-Peigné explique que l'armée de terre française fait face à des défis importants de modernisation, particulièrement sur les capacités d'artillerie longue portée et les blindés lourds.

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Les enjeux capacitaires terrestres Ifri
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L'urgence du segment "Feu dans la profondeur"

La guerre en Ukraine a replacé l'artillerie et les drones au cœur des conflits modernes, après des décennies de délaissement post-guerre froide au profit de conflits asymétriques.

Le constat français
La France fait face à une situation critique concernant son parc de Lance-Roquettes Unitaires (LRU). Sur les 13 systèmes initialement mis à jour, seuls 9 subsistent aujourd'hui, dont moins de 5 sont réellement opérationnels. Le châssis, datant des années 80, n'a bénéficié d'aucune modernisation, contrairement aux équipements de nos voisins européens.

La rupture de capacité

Un problème temporel majeur se profile : les systèmes actuels doivent être retirés du service en 2027, alors que le futur programme souverain FLPT (Frappe Longue Portée Terrestre) ne sera opérationnel qu'en 2030. Cette période transitoire nécessite impérativement une "capacité de transition" pour éviter une vulnérabilité stratégique.

Par ailleurs, l'écart entre les moyens actuels et les besoins réels est considérable. Alors que la cible officielle s'établit à 26 lanceurs, l'armée de terre estime ses besoins réels entre 70 et 80 lanceurs pour équiper deux divisions et l'artillerie de corps d'armée.
Comparaison des options pour les Lance-Roquettes Multiples (LRM)

Léo-Péria Peigné expose plusieurs solutions susceptibles de combler ce vide capacitaire :

Le HIMARS (États-Unis)
Très performant et parfaitement interopérable avec les forces alliées, le système américain présente néanmoins des inconvénients majeurs : dépendance totale aux États-Unis, coûts élevés et impossibilité d'intégrer une munition française souveraine.

Le Chunmoo (Corée du Sud)
Cette solution bénéficie de la préférence de l'expert pour plusieurs raisons : délais de livraison rapides (2 ans et demi), adoption déjà confirmée par la Pologne, l'Estonie et la Norvège, et surtout possibilité d'intégrer des munitions locales. Ces caractéristiques en font une option stratégiquement pertinente pour la France.

Le Pinaka (Inde)
L'expert qualifie ce choix d'"incompréhensible". Les performances sont jugées insuffisantes : portée limitée à 70 km (contre 150 km requis), utilisation de puces GPS civiles vulnérables au brouillage, et problèmes de fiabilité documentés (explosions de munitions lors des tests).

Le Pulse (Israël)
Malgré sa polyvalence, ce système souffre d'incertitudes concernant les délais de livraison et des tensions diplomatiques actuelles qui compliquent son acquisition.
 

L'avenir des chars lourds

Le projet de char franco-allemand MGCS n'aboutira pas avant 2045. Or, le char Leclerc devra être remplacé ou épaulé durant la prochaine décennie. Trois scénarios sont actuellement à l'étude pour assurer cette transition :

  1. Une tourelle française montée sur un châssis allemand
     
  2. Un char entièrement français (avec possiblement un moteur étranger)
     
  3. L'achat d'un char allemand sur étagère, au risque de perdre les compétences industrielles françaises sur ce segment
     
Les enjeux stratégiques et de souveraineté

L'enjeu majeur consiste à éviter de reproduire l'erreur commise avec le char Leclerc : produire un système excellent mais en quantité trop limitée pour être compétitif à l'export.

L'expert suggère une approche hybride : coupler l'achat d'une plateforme intermédiaire (comme le Chunmoo) avec le développement d'une munition souveraine française. Cette munition pourrait ensuite être exportée aux autres pays utilisateurs du système, créant ainsi une opportunité économique et stratégique.

L'armée de terre souligne que ces capacités de feux de profondeur sont indispensables pour deux missions critiques : la contrebatterie (destruction de l'artillerie adverse) et le soutien à l'armée de l'air dans la neutralisation des défenses antiaériennes ennemies.
 

> Voir l'audition sur le site du Sénat.

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Le Sénat

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Léo Péria-Peigné, chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri

Léo PÉRIA-PEIGNÉ

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