L’avenir du régime iranien : entretien avec Clément Therme
Dans un Iran profondément fragilisé par la guerre, les tensions régionales et les fractures internes, quel avenir pour la République islamique ? Dans cet entretien accordé à Conflits, Clément Therme, chercheur associé à l’Ifri, analyse les ressorts de la résilience du régime, la montée en puissance de l’appareil sécuritaire et les scénarios susceptibles de redessiner l’avenir politique iranien.
Vous ancrez votre réflexion au lendemain de l’année 2026, qui a vu la mort du Guide suprême Ali Khamenei ainsi que la guerre des Quarante Jours contre l’alliance israélo-américaine. Cette séquence consacre-t-elle le basculement définitif de l’Iran vers une dictature militaire et non plus cléricale ?
Les deux entités sont étroitement liées : le destin des gardiens de la révolution dépend de la survie du régime clérical, qui repose lui-même sur leur puissance militaire et leur capacité de répression. Ce qui a changé, c’est le rapport de force entre les différentes composantes du pouvoir, à supposer qu’on puisse véritablement les dissocier. Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême, a lui-même combattu pendant la guerre Iran-Irak.
En période de guerre, ceux qui détiennent les armes pèsent davantage sur les décisions qu’en temps de paix. Aujourd’hui, les diplomates iraniens sont au service des combattants : ils accompagnent les opérations militaires sans détenir la réalité du pouvoir. Les grandes orientations sont fixées par l’État profond, qui privilégie ses échanges avec ses partenaires russe et chinois, considérés comme essentiels à la survie du régime, plutôt qu’avec les chancelleries occidentales.
Le décalage entre ceux que l’on qualifie en Occident de « modérés » et les conservateurs participe d’une stratégie de survie du régime, soucieux de préserver autant que possible ses fondements idéologiques khomeynistes. Ce fonctionnement n’est pas nouveau : la guerre accentue des dynamiques déjà à l’œuvre sous la génération dirigeante de ce que j’appelle, dans mon livre, la « deuxième République islamique » (1989-2026). Reste à savoir si la « troisième République islamique », ouverte le 28 février, se distinguera véritablement des deux modèles précédents.
On constate assurément l’énorme résilience du régime. Est-ce que les plus hautes autorités, comme Mojtaba Khamenei, qui n’apparaît que très peu dans les médias, peuvent survivre à cette vacance visible du pouvoir en Iran ?
Le régime a survécu, mais il sort de cette guerre profondément affaibli. Son intransigeance accrue ne doit pas être confondue avec une consolidation de son pouvoir : ce serait une erreur d’analyse. Sa fragilité tient notamment à son incapacité à exporter suffisamment de pétrole pour assurer, à moyen terme, la viabilité financière du système politique. La crise actuelle se caractérise par la conjonction de deux phénomènes. Le premier est l’émergence d’un nouveau mode de gouvernement, marqué par l’absence du Guide suprême de la scène publique, alors que son prédécesseur s’exprimait régulièrement.
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