Risque de peine capitale, 20 000 soldats déployés à Jakarta… Tout comprendre au scandale d’écoutes illégales au sommet de l’État en Indonésie
Le chef de cabinet du président indonésien et deux membres de la police ont été arrêtés, accusés d’avoir placé illégalement sur écoute les lignes téléphoniques du président, celles de hauts responsables de l’État ainsi que d’acteurs de la société civile.
Mercredi 4 novembre, 20 000 soldats ont été déployés à Jakarta dans le cadre de l’enquête lancée par les autorités sur les écoutes téléphoniques illégales visant le président Prabowo Subianto, son entourage, des figures politiques, des journalistes, des hommes d’affaires et des militants du monde associatif.
Au cœur des soupçons d’espionnage, l’ancien chef de la police nationale Listyo Sigit Prabowo (sans lien familial avec le président), qui a été limogé de ses fonctions et arrêté mardi 3 novembre à Jakarta. « Ce qui a été fait pourrait être assimilé à des actes relevant de la trahison », a déclaré le porte-parole de la présidence, Prasetyo Hadi, après l’arrestation de Listyo Sigit Prabowo. « Cela constitue également des actes qui compromettent la sécurité des intérêts de l’État, notamment en mettant en péril la sécurité du dirigeant du pays », a ajouté le porte-parole de la présidence. Deux hauts responsables de la police ont également été arrêtés.
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Listyo Sigit Prabowo avait récemment été nommé chef de cabinet du président. Juliette Loesch, spécialiste de l’Asie du Sud-Est et chercheuse à l’Inalco et à l’Ifri, décrypte : « Listyo Sigit Prabowo est réputé pour être un proche de l’ancien président Joko Widodo . Sa récente promotion peut être interprétée comme une manière pour le président actuel Prabowo Subianto de le neutraliser.»
L’enquête devra déterminer les motifs de ces écoutes, qui ne sont pas encore connus, et qui auraient débuté dès 2025.
Un gouvernement sous pression
Le chef de l’armée indonésienne a ordonné le déploiement des militaires dans la capitale alors que les messages se multipliaient sur les réseaux sociaux concernant l’instabilité à la tête de l’État.
Le président Prabowo Subianto, en fonction depuis 2024, est soumis à une pression croissante. Il est confronté à des protestations accrues contre les difficultés économiques, la corruption, l’autoritarisme et la gestion des incendies, dont les fumées toxiques ont rendu malades des milliers de personnes.
« Tous les indicateurs sont au rouge, alors que le président actuel réfléchit à comment finir son mandat et assurer sa réélection en 2029 », précise la chercheuse Juliette Loesch. « Il y a beaucoup de manifestations, l’inflation est galopante et l’économie est très fragilisée. Les gens reprochent à l’État indonésien de continuer à s’endetter pour de grands projets d’infrastructures, limitant les capacités de dépenses publiques ».
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