Chine/Corée du Sud : une frustration réciproque
Les relations entre Séoul et Pékin sont de longue date marquées par l’alternance de rapprochements et de difficultés. Pékin cherche à éloigner la Corée du Sud des États-Unis. Séoul entend préserver ses relations avec la Chine, son premier partenaire commercial, tout en gardant la garantie de sécurité américaine. L’équilibrisme sud-coréen pourrait s’avérer dans l’avenir proche difficile à tenir, et Séoul pourrait avoir intérêt à s’appuyer, au-delà de Washington, sur d’autres partenaires.
Le 24 octobre 2022, Séoul et Pékin fêteront le 30e anniversaire de leurs relations diplomatiques, et ont annoncé, dans ce cadre, le lancement d’une Commission pour le développement futur des relations bilatérales. Si en moins de 30 ans, leurs échanges commerciaux ont augmenté de 5 000 %, passant de 6 milliards de dollars en 1992 à près de 300 milliards en 2019, les deux pays ont de plus en plus de mal à cacher leurs frustrations. Frustrations notamment mises en exergue en 2017, avec le déploiement par la Corée du Sud d’un système de défense antimissile américain contre la menace nord-coréenne, et les critiques et sanctions économiques chinoises prises en retour.
Pékin ne parvient pas à faire de la Corée du Sud un pays neutre et à la distancier des États-Unis. Séoul tente en effet de gérer au mieux ses deux principales relations bilatérales, avec d’un côté son allié et sa principale garantie de sécurité – les États-Unis –, et de l’autre son premier partenaire commercial – la Chine. En témoignaient en avril dernier la rencontre du ministre sud-coréen des Affaires étrangères avec son homologue chinois dans le sud de la Chine, et parallèlement la rencontre du directeur du Bureau de la sécurité nationale sud-coréen avec ses homologues américain et japonais à Washington. Cette politique d’équilibriste est mise à mal par la détérioration sans précédent de l’image de la Chine en Corée du Sud, qui limite les marges de manœuvre de Séoul dans sa coopération avec la Chine, mais qui l’incite aussi à se rapprocher, sans s’aligner, de certains formats de coopération multilatéraux perçus par Pékin comme influencés par Washington – dont le Dialogue stratégique quadrilatéral (Quad).
Séoul ne parvient pas à convaincre la Chine de faire davantage pression sur la Corée du Nord tant pour se dénucléariser que pour améliorer durablement les relations intercoréennes, alors que doit être célébré cette année le 60e anniversaire du Traité d’amitié, d’aide mutuelle et de coopération sino-nord-coréen. Avant la pandémie de COVID-19, les deux alliés avaient multiplié les interactions, avec pas moins de cinq rencontres entre le secrétaire général du Parti communiste chinois Xi Jinping et le secrétaire général du Parti des travailleurs de Corée Kim Jong-un, entre mars 2018 et juin 2019, sans résultat concret pour Séoul. Alors que les tensions sino-américaines continuent de s’aggraver depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration Biden, la Corée du Nord garde une valeur stratégique pour Pékin, constituant un levier possible face aux États-Unis, mais aussi, dans une moindre mesure, à la Corée du Sud. [...]
PLAN
- Depuis la fin de la guerre froide : un rapprochement par à-coups
- Le tournant du THAAD et la mise en avant de différends structurels
- Une politique étrangère de funambule de plus en plus remise en cause
Antoine Bondaz est directeur des programmes Corée et Taïwan à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et enseignant à Sciences Po.
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