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Le Brexit est-il vraiment « anglais » ?

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Politique étrangère, vol. 85, n° 4, 2020
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Page couverture PE n° 4 2020
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Le résultat du référendum de 2016 ne traduisait pas un populisme, ou un exotisme culturel, spécifiquement anglais. L’opinion britannique était alors en phase avec les opinions européennes critiques vis-à-vis de l’Union européenne. La non-appartenance à la zone euro promettait une séparation sans trop graves effets. Séparation qu’annonçaient un fort attachement à la décision nationale et un détachement persistant vis-à-vis du projet européen, vu comme un simple lien économique.

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Le 23 juin 2016, le Royaume-Uni a répondu à la question « Le Royaume-Uni devrait-il rester membre de l’Union européenne (UE) ou quitter l’UE ? » : 51,9 % (des 72,2 % de votants) ont choisi le retrait, 48,1 % se sont prononcés pour le maintien ; 17 410 742 contre 16 141 241. La plupart des commentateurs, alors et depuis, ont présenté ce vote comme essentiellement anglais – présupposé partagé par force partisans à la fois du retrait et du maintien.


Classe politique et médias, en majorité en Angleterre ou ailleurs, déplorant la supposée aberration de ce vote, y ont vu une variante britannique d’un populisme en plein essor. Pour certains, ce vote manifestait la nostalgie anglaise du passé impérial ou (sans que la contradiction les gêne) un little Englandism (isolationnisme). D’autres l’attribuaient à la xénophobie, ou même au racisme, anglais, à l’égard des migrants. Il a aussi été largement considéré comme une forme peu élaborée de protestation d’une certaine classe laborieuse anglaise, « en déficit d’information », « laissée de côté » par la mondialisation, cherchant un recours désespéré dans le nationalisme britannique. Envers de la même médaille : les Brexiters (partisans du retrait) expliquaient le vote par un autre ensemble de caractéristiques britanniques : le Common Law, vu comme fondamentalement différent de l’héritage du droit romain en Europe ; un attachement fort aux institutions nationales, comme le Parlement ; un engagement viscéral en faveur d’un gouvernement démocratique rendant la législation européenne peu acceptable.


Le vote en faveur du retrait semble bien d’abord anglais, et pas seulement du fait du poids de la population anglaise dans le Royaume-Uni. Écosse et Irlande du Nord ont massivement voté pour le maintien : en Écosse, 1,6 million de voix pour le maintien (62 %) et 1 million pour le retrait (38 %) ; en Irlande du Nord, 440 000 pro-maintien (55,8 %) 350 000 pro-retrait (44,2 %). Au pays de Galles, au moins aussi distinct sur le plan ethnique que les deux autres nations, le vote a été presque identique à celui de l’Angleterre.


Opinion britannique, opinions européennes


Sans doute certains traits britanniques et/ou anglais, sur les plans politique et culturel, expliquent-ils partiellement le Brexit. Mais il faut considérer plus largement le contexte historique et géographique. Aussi paradoxal que cela paraisse, en 2016 le vote des Anglais et des Gallois était conforme à la tendance européenne. Depuis les années 1990, le vote populaire, dans de nombreux pays membres, traduisait clairement une réticence à l’égard de l’intégration européenne – ce dont les dirigeants devaient convenir publiquement. […]


PLAN

  • Opinion britannique, opinions européennes
  • Le choix de demeurer hors de l’euro
  • Un rapport particulier à la « vision » européenne


Robert Tombs est professeur émérite d’histoire française à l’Université de Cambridge et membre du St John’s College.

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Le Brexit est-il vraiment « anglais » ?

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Crise de l’Union européenne ou crises de la démocratie ?

Date de publication
20 mars 2017
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Les institutions européennes sont régulièrement mises en cause pour leur déficit démocratique. Pourtant, depuis les années 1990, les traités successifs ont instauré différents instruments permettant de pallier ce déficit. Aujourd’hui, la crise de l’Union européenne est sans doute plus profonde et dépasse la question du fonctionnement des institutions. Elle touche la confiance même qu’ont les citoyens dans le projet d’intégration et dans la démocratie.

Sabine SAURUGGER
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L’Italie entre déclin industriel et impuissance politique

Date de publication
21 juin 2017
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L’Italie fait face à une crise économique profonde. Malgré l’application de mesures d’austérité recommandées par les autorités européennes, la croissance est en berne et le chômage progresse. Les privatisations ont eu pour effet de faire passer des fleurons de l’industrie sous pavillon étranger. L’État ne joue plus son rôle de régulateur et ne parvient à endiguer ni la corruption ni la fraude fiscale. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle se double d’une crise politique.

Martino AVANTI
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Brexit : une certaine idée de l’Europe

Date de publication
21 juin 2017
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Le résultat du référendum de juin 2016 relève d’explications connues, touchant à l’évolution de la société britannique et à ses débats politiques particuliers. Il renvoie surtout à une divergence fondamentale sur la nature et l’objectif de la construction européenne. Le Royaume-Uni n’a pas été le mauvais élève de la classe européenne trop souvent décrit. Mais son héritage et sa culture lui font préférer l’idée d’une Europe où la souveraineté resterait le privilège des États.

Jonathan STORY
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Conflits locaux : le mal insidieux de l’Afrique

Date de publication
21 juin 2017
Accroche

Les conflits locaux, de plus en plus nombreux et dévastateurs en Afrique, ne sont le plus souvent analysés par les acteurs internationaux qu’à travers le prisme des conflits ou des déstabilisations d’États. Leur nature complexe, le mélange qu’ils opèrent entre traditions et modernité, leurs rapports aux niveaux national et international doivent faire l’objet d’approches nouvelles, à la fois stratégiques et ponctuelles. Des approches qui doivent intégrer les dimensions militaires et civiles.

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Robert TOMBS, « Le Brexit est-il vraiment « anglais » ? », Politique étrangère, Articles, Ifri, 21 décembre 2020.
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Le Brexit est-il vraiment « anglais » ?