La « centralité » de l’ASEAN : concept et mise en œuvre
Le concept de « centralité » de l’ASEAN a émergé il y a une dizaine d’années, alors que l’organisation semblait menacée par des projets concurrents. Différentes mesures ont été prises pour renforcer la solidité de l’Association mais sa pérennité n’est pas pour autant garantie. Elle souffre notamment d’un désintérêt des populations locales et d’un sous-financement chronique. Un nouveau traité de coopération politique permettrait de donner un second souffle à l’ASEAN.
Il y a cinquante ans, alors que la guerre froide battait son plein et que les États-Unis s’enlisaient au Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande fondaient l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN). L’objectif de ces pays était de favoriser la coopération régionale en faveur de la coexistence pacifique et de créer un espace permettant de consolider les nations de la zone. Mais lorsque les ministres des Affaires étrangères des cinq États fondateurs ont publié la Déclaration de l’ASEAN à Bangkok le 8 août 1967, la plupart des observateurs ne donnaient guère de temps à vivre à la nouvelle organisation. Contre toute attente, l’ASEAN a non seulement survécu, mais s’est étendue à dix pays membres et a acquis une reconnaissance internationale comme principale force de dialogue et de coopération en Asie du Sud-Est.
Fin 2015, les membres de l’Association ont entériné, au moins sur le papier, la création de la Communauté de l’ASEAN (ASEAN Community – AC). Ils cherchent désormais à renforcer la construction de la communauté (community-building) d’ici 2025 à travers une nouvelle feuille de route plus ambitieuse. En 2017, l’ASEAN fête ses 50 ans sous la présidence des Philippines, dont le mot d’ordre pour l’organisation est : « Un partenariat pour le changement, l’engagement dans le monde » (Partnering for Change, Engaging the World).
Ces dernières années, l’ASEAN a été confrontée à la « montée en puissance pacifique » de la Chine et à la rivalité qui s’en est suivie entre Pékin et Washington, en particulier en mer de Chine du Sud. Lorsqu’ils agissent collectivement, les membres de l’ASEAN peuvent et doivent se déclarer pro-ASEAN sans prendre parti dans la compétition sino-américaine ; être pro-ASEAN c’est défendre la centralité de l’ASEAN en Asie du Sud-Est, et rechercher le community-building avec davantage de ressources propres et une volonté politique réelle.
La « centralité » de l’ASEAN : origine d’un concept
L’idée de centralité de l’ASEAN apparaît dans le discours des hauts responsables de l’Association en 2006, peu après le premier sommet de l’Asie de l’Est (East Asia Summit – EAS) qui s’est tenu à Kuala Lumpur le 14 décembre 2005. Une réunion spéciale des dirigeants de l’ASEAN a eu lieu à Nha Trang (Vietnam) du 30 juin au 1er juillet 2006 pour échanger sur ce sujet. [...]
PLAN
- La « centralité » de l’ASEAN : origine d’un concept
- Les quatre ingrédients de la » centralité » de l’ASEAN
- La centralité de l’ASEAN dans la consolidation de la communauté
- Soutien institutionnel
- Volonté politique et engagement en faveur de l’ASEAN
- Un nouveau traité de coopération politique pour l’ASEAN ?
Termsak Chalermpalanupap, docteur en science politique de l’université de la Nouvelle-Orléans, est chercheur à l’Institute of Southeast Asian Studies (ISEAS) Yusof Ishak de Singapour.
Cet article est traduit de l’anglais par Cécile Tarpinian.
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La « centralité » de l’ASEAN : concept et mise en œuvre
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