L’ASEAN en quête d’une identité régionale
L’ASEAN réunit des États et des populations disparates. Cette diversité rend l’émergence d’une identité commune difficile. La difficulté est d’autant plus grande que l’ASEAN est souvent perçue comme une structure élitiste, dont les activités ne profitent guère aux classes moyennes et inférieures. Toutefois, les dirigeants de la région sont conscients de ces problèmes et souhaitent y remédier par des actions concrètes. Ces actions semblent produire des résultats, en particulier auprès des jeunes.
En décembre 1997 à Kuala Lumpur, l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) a adopté l’ambitieux projet « Vision ASEAN 2020 ». Résolus à poursuivre sur la voie qui les avait menés à d’indéniables progrès en matière d’économie, de prospérité et de stabilité, les dirigeants de l’Association entendaient donner à cette dernière une plus vaste envergure, avec pour objectif avoué de construire à l’horizon 2020 une véritable communauté ASEAN, et d’achever ainsi le processus d’intégration régionale. Cette communauté reposerait sur des « valeurs et des principes communs », et renforcerait la perception d’une identité commune à l’ensemble des citoyens de l’Association.
Alors qu’en 1967 les enjeux politiques intérieurs, mais aussi le contexte géopolitique régional et mondial, ne permettaient pas de formuler un tel projet, trente ans plus tard la donne avait changé : l’expérience de la coopération d’une part, puis les adhésions successives du Vietnam (1995), du Laos et de la Birmanie (1997), bientôt celle du Cambodge (1999), mais aussi la crise financière et l’impuissance de l’Association rebattaient les cartes et justifiaient une rupture. L’émergence d’une identité ASEAN n’était plus seulement un objectif envisageable, elle se révélait nécessaire pour organiser les interactions entre États et peuples – et entre les peuples eux-mêmes –, pour justifier la « centralité » de l’Association et la positionner sur un théâtre en pleine restructuration. Il s’agissait de donner un contenu identifiable à ce qui était encore perçu comme un processus flou et à la carte.
En fait, c’est à la fin de 2015, soit près de cinq ans avant la date initialement fixée, que la Communauté ASEAN a été lancée, mais sans grand effet médiatique. En dépit de l’importance décisive du processus engagé, et présenté comme un moment clé du développement de l’Association, les concepteurs eux-mêmes semblaient avoir réalisé le risque de susciter de trop grandes attentes, notamment dans la communauté internationale.
Qu’en est-il aujourd’hui de ce projet d’identité ASEAN ? Quelle est la perception que les sociétés qui la composent ont de l’ASEAN et de la communauté qu’elle entend représenter ? […]
PLAN
- Identité, diversité, construction régionale et intérêts nationaux
- La Communauté ASEAN : vers l’intégration régionale
- Une réelle volonté politique
- Un projet élitiste ?
- L’identité ASEAN à travers les sociétés civiles ?
Yann Roche, titulaire d’un doctorat de l’université Laval, enseigne au département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
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