Le Hamas et les djihadistes à Gaza : contrôle impossible, trêve improbable
Le Hamas est parvenu au pouvoir dans la bande de Gaza en 2007, à la suite d’un coup de force. Il a alors dû rétablir l’ordre et s’imposer face à d’autres groupes armés. Ses relations avec les cellules djihadistes – liées à Al-Qaïda ou à l’État islamique – ont oscillé jusqu’à aujourd’hui entre tolérance et répression. Parmi les facteurs qui influent sur la position du Hamas à l’égard des djihadistes, la politique du gouvernement en place au Caire joue un rôle déterminant.
En mai 2015, la bande de Gaza a été le théâtre de plusieurs attaques revendiquées par un groupe se réclamant de l’État islamique. Une série d’explosions a visé les biens des membres du Mouvement de la résistance islamique (Hamas) qui gouverne seul ce territoire depuis qu’il y a pris le pouvoir par la force en juin 2007. Ces attaques s’inscrivent dans un conflit déjà ancien entre le Hamas et les groupes djihadistes.
Analyser les rapports entre le Hamas et les djihadistes pose un double problème de méthode. D’abord celui du manque de données, puisque le Hamas interdit toute enquête quantitative. En fonction des sources, l’éventail des chiffres varie de quelques centaines à plusieurs milliers de djihadistes, le Hamas cherchant le plus souvent à minimiser leur présence, tandis qu’Israël tend à l’exagérer. Se pose ensuite le problème de la fiabilité des sources : celles qui émanent d’Israël et d’Égypte prétendent que le Hamas a contracté une alliance stratégique avec la branche de l’État islamique dans le Sinaï, accueillant ses combattants et soignant ses blessés dans les hôpitaux de Gaza. Ces accusations sont pour l’instant invérifiables.
Ces difficultés ne doivent pas pour autant empêcher de présenter, dans ses grandes lignes, l’évolution des relations entre Hamas et groupes djihadistes. Il faut tout d’abord distinguer les djihadistes des salafistes quiétistes. Présents en Palestine depuis le début des années 1980, au moment où reviennent dans leur pays natal nombre de Palestiniens partis faire leurs études en Arabie Saoudite dans les années 1960, les quiétistes ne se considèrent pas comme partie prenante du jeu politique palestinien mais se réclament d’une vaste direction religieuse qui réunirait l’ensemble du monde islamique. C’est après l’instauration de l’Autorité Palestinienne en 1994 que leur nombre augmente, et ils sont alors soutenus par le Fatah qui leur octroie l’autorisation de mener des activités de prédication et leur offre des emplois notamment au sein des services de sécurité. Conformément au principe du wali amr qui préconise une obéissance inconditionnelle au pouvoir politique à condition que celui-ci soit musulman, ils font allégeance au président Mahmoud Abbas. […]
PLAN
- Entre tolérance et répression
- Lutter contre les défections
- Rétablir l’ordre
- Plus de lutte armée et plus d’islamisation - L’équilibre de la terreur
- L’État islamique : un ennemi utile pour justifier la répression
- La main tendue aux djihadistes
- Entre trêve et coercition : un va-et-vient qui dépend du changement de régime en Égypte
Leïla Seurat est chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales CERI/Sciences Po. Sa thèse de doctorat, qui portait sur la politique étrangère du Hamas depuis 2006, a été publiée sous le titre Le Hamas et le monde, Paris, CNRS éditions, 2015.
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