Le Système monétaire européen après cinq ans
Raymond Barre (1924-2007) a occupé le poste de Premier ministre de 1976 à 1981. Il a également été ministre de l'économie, vice-président de la Commission européenne chargé des affaires économiques et financières, député du Rhône et maire de Lyon. Il est parfois présenté comme « le meilleur économiste » de sa génération.
Le Système monétaire européen fonctionne maintenant depuis cinq ans. C'est un beau succès pour une réalisation communautaire qui suscita au départ beaucoup de scepticisme, sinon d'hostilité. Le SME marquait l'aboutissement d'un long effort pour doter la Communauté d'une organisation monétaire qui lui permette d'affirmer son originalité et de rechercher la stabilité. C'est en février 1969, alors que l'on pouvait déjà pressentir ce que l'on devait appeler plus tard la « crise monétaire internationale », que j'avais présenté au nom de la Commission des Communautés européennes, des propositions en vue d'organiser une coopération économique et monétaire plus étroite entre les Six. Ce fut à l'époque une proposition tenue pour insolite. La réponse fut donnée en termes de surenchère : pourquoi faire preuve de tant de timidité et de prudence alors que la Communauté devrait devenir à terme une Union économique et monétaire ! De sommets en conseils, on discuta avec une imagination plus inhibitrice que créatrice les conditions et les étapes d'une telle Union. Alors naquit le « Serpent dans le tunnel », puis le « Serpent sans tunnel » ; puis le « Serpent » perdit quelques-uns de ses anneaux au beau milieu des vicissitudes monétaires internationales, liées aux difficultés du dollar et au premier choc pétrolier. Un mouvement récurrent de va-et-vient saisit notamment le franc français entre 1974 et 1976. Au lendemain des élections législatives françaises de mars 1978, l'équilibre extérieur français ayant été rétabli, le franc français ayant été stabilisé, les perspectives économiques et politiques françaises paraissant mieux assurées, le président Giscard d'Estaing et le chancelier Schmidt décidèrent de relancer le projet d'organisation monétaire de la Communauté.
Grâce à la volonté et à la force de persuasion du chancelier de la République fédérale, les réticences allemandes, à de nombreux niveaux, furent surmontées. Le Système monétaire européen fut mis en place, seule la Grande-Bretagne décidant de rester à l'écart du régime de changes stables, mais ajustables, qui est l'un des éléments constituants de ce système. La Grande-Bretagne acceptait cependant le principe du SME et la livre sterling était prise en compte dans la définition de l'unité de compte du système, l'ECU. Ce qui avait été cependant décisif, c'était la volonté commune franco-allemande, reposant sur une plus grande convergence des conceptions économiques et des politiques économiques. Entre mars 1979 et mai 1981, la stabilité du deutschmark et du franc français allaient permettre une évolution ordonnée et satisfaisante du SME. A partir de mai 1981, les fortunes du franc français furent plus changeantes. Le SME fit alors preuve d'une grande souplesse d'adaptation, tandis qu'il apparaissait de plus en plus comme un butoir aux excès de certaines politiques économiques incompatibles avec la logique interne et les disciplines de la Communauté. Mais le SME est devenu en même temps un instrument efficace au service de l'Union des pays de la Communauté : aussi bien par la stabilité économique et monétaire qu'il tend à promouvoir au sein de la Communauté et au sein des relations monétaires internationales, que par le rôle que commence à jouer et que semble devoir de plus en plus jouer l'ECU.
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