Un programme pour l'OTAN : vers un réseau de sécurité mondiale
Le succès historique de l’Alliance est d’avoir unifié l’Occident face à la menace soviétique ; puis d’avoir, après la guerre froide, réussi à élargir cet Occident. L’Alliance doit pourtant aujourd’hui s’adapter à un monde nouveau marqué par l’éveil chaotique des peuples. Sa crédibilité dépend de la négociation d’une sortie politique de l’engagement en Afghanistan. À plus long terme, l’OTAN doit se penser comme centre d’un réseau d’organisations de sécurité à l’échelle du monde.
Pour analyser l’évolution du rôle de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), il faut partir du fait qu’en 60 ans d’existence, l’Alliance a présidé à trois transformations internationales fondamentales : la fin de la « guerre civile » en Occident pour la suprématie sur les mers et en Europe ; l’engagement des États-Unis, après la Seconde Guerre mondiale, pour la défense de l’Europe contre la domination soviétique (du fait de soulèvements internes ou d’une éventuelle Troisième Guerre mondiale), enfin la conclusion pacifique de la guerre froide, qui met fin à la division géopolitique de l’Europe, créant ainsi les conditions d’une Union européenne (UE) plus large et plus démocratique.
Ces succès suggèrent une question légitime : et maintenant ? Au vu des futurs les plus vraisemblables, le concept stratégique à venir devra répondre à quatre défis majeurs : comment trouver une sortie politiquement acceptable à l’engagement croissant de l’OTAN dans les conflits mêlés d’Afghanistan et du Pakistan ; comment actualiser le sens et les engagements du concept de « sécurité collective » de l’article 5 du traité de Washington ; comment amener la Russie à une relation qui soit au bénéfice mutuel des partenaires, avec l’Europe, et plus largement, avec la communauté atlantique ; enfin, comment répondre aux nouveaux défis de la sécurité mondiale ?
Unifier l’Occident
Dans les 500 dernières années, la politique mondiale a été dominée par les États riverains de l’Atlantique nord. Tout en se disputant richesses et puissance, ces États ont établi la suprématie mondiale de la région. Mais cette suprématie n’était pas stable. Elle fut périodiquement remise en cause par les violentes rivalités existant entre différents pays : le Portugal, l’Espagne, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni se sont livrés une concurrence acharnée, endossant tour à tour le rôle de l’empire dominant au-delà des mers.
Ces deux derniers siècles, la hiérarchie mondiale des puissances a radicalement changé. Sous la France napoléonienne, la rivalité, au-delà du contrôle des mers, s’étendit à la domination de l’Europe continentale. Le défi napoléonien transforma encore la géopolitique des rivalités nord-atlantiques, par l’inclusion pour la première fois dans la compétition, de deux puissances non atlantiques, la Prusse d’Europe centrale (qui devait devenir l’Allemagne) et la Russie eurasiatique (plus tard, l’Union des républiques socialistes soviétiques soviétique [URSS]).
PLAN DE L’ARTICLE
- Unifier l’Occident
- Élargir l’Occident
- S’adapter à un monde nouveau
- Maintenir la crédibilité de l’Alliance
- Consolider la sécurité collective
- Intégrer la Russie
- S’ouvrir à l’Asie
- Être au centre du réseau
Zbigniew Brzezinski a été conseiller pour la sécurité nationale aux États-Unis, entre 1977 et 1981. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le plus récent s’intitule : Second Chance: Three Presidents and the Crisis of American Superpower (New York, Basic Books, 2007)
Texte traduit de l’anglais par Diana Hochraich
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Un programme pour l'OTAN : vers un réseau de sécurité mondiale
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesBrésil : la politique étrangère de Jair Bolsonaro
Fin 2018, les Brésiliens ont élu un nouveau président : Jair Bolsonaro. Ce dernier entend rompre avec la politique de ses prédécesseurs, notamment dans le domaine des relations extérieures. L’axe principal de sa diplomatie est un rapprochement avec Washington. Sur plusieurs sujets, Bolsonaro s’aligne sur les positions de Donald Trump. Mais le Brésil n’a pas la puissance des États-Unis et prendrait des risques importants en se lançant dans un bras de fer avec la Chine ou le monde musulman.
Le djihadisme au Sahel après la chute de Daech
Alors que Daech et Al-Qaïda se sont violemment affrontés au Moyen-Orient, leurs « filiales » sahéliennes ont eu tendance à s’éviter. Depuis 2017, elles ont même entamé un rapprochement et coopèrent occasionnellement. La chute de Daech en zone syro-irakienne aura des répercussions au Sahel. S’il n’est pas dit que l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) fusionnent, il est en revanche assuré que le djihadisme perdurera dans la zone.
Moscou et le G7 : un drame en trois actes, prologue, et épilogue
L’admission au G7/G8 symbolisait pour Moscou son rapprochement de « l’Occident collectif ». Mais l’admission fut lente, et Moscou ne fit jamais complètement partie du club. La Russie a bientôt pris conscience que le G8 n’était pas le directoire souhaité pour traiter ses préoccupations stratégiques. L’avènement du G20, et la crise ukrainienne, ont, pour Moscou, définitivement déclassé l’intérêt d’un G7, qui semble n’assurer que la défense et illustration des intérêts d’un Occident déclinant.
De l’utilité du G7 : témoignage d'un sherpa
Le G7 constitue un élément informel mais important de la gouvernance mondiale. Ses membres sont supposés unis par des valeurs communes, ce qui explique, par exemple, que la Russie ne participe plus à ses travaux. Le G7 met en œuvre une machinerie très complexe qui a vocation à traiter de tous les problèmes globaux. Le sommet de Charlevoix, et l’ensemble des réunions qui l’ont entouré, ont illustré la volonté du Canada de donner un nouveau souffle, et une nouvelle surface à ces mécanismes.